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 Au
Nom d'Allah Le Tout-Miséricordieux Le Très-Miséricordieux

- La
prière musulmane.
- Description
de la Mecque.
- Le
temple de la Ka'ba et la Pierre Noire.
- Mariage
de'Abdallâh, le père du Prophète.

La
prière musulmane
Un
rayon rose jaillit de l'horizon, les étoiles pâlissent,
et une voix rythmée s'élève, dans le silence de l'aube
:
"
Allah est le plus grand ! II n'y a de dieu qu'Allah, et
Muhammad est le Prophète d'Allah !
Venez
à la prière ! Venez au salut ! "

Et
les dernières modulations de cet appel du Muezzin, s'envolant
du haut du svelte minaret par-dessus les terrasses des
maisons et les palmes de l'Oasis, vont se perdre dans
l'infini du désert.
Les
Musulmans qui sommeillaient encore, enveloppés dans
leurs draperies blanches et semblables à des linceuls,
se lèvent en sursaut, tels des ressuscités; ils s'empressent
vers les fontaines, où ils accomplissent leurs ablutions,
puis, purs de corps et purs de pensées, ils se groupent
par longues files, coude à coude, tous tournés dans
une même direction, celle de la Ka'ba sainte de la Mecque.
Le
corps droit, la tête légèrement penchée, les yeux baissés,
immobiles dans les longs plis de leurs vêtements, ils
semblent métamorphosés en un peuple de statues. A l'exemple
de l'Imam, placé devant eux, dans le même sens, et annonçant
chaque phase de la prière par le Takbîr : "
Allah est le plus grand ! ",
ils élèvent tous leurs mains grandes ouvertes à hauteur
de leurs tempes, en témoignant leur extase devant la
toute-puissance du Maître des Mondes. Puis tous, d'un
même mouvement, ils courbent leurs dos et s'inclinent
profondément devant Sa Suprême Majesté.
Mais
ce geste ne leur suffit pas pour exprimer toute l'humilité
de leurs âmes, alors, ils s'effondrent vers la terre,
se prosternent en y imprimant pieusement leurs fronts,
leurs nez et demeurent quelques instants dans cette
attitude de suppliants comme écrasés sous le poids du
ciel tout entier, qui se serait prosterné avec eux...
Enfin ils redressent leurs poitrines et demeurent assis,
les deux genoux à terre, la tête accablée sous le fardeau
de leur ferveur. Une salutation, accompagnée d'un mouvement
du visage à droite, puis à gauche, et s'adressant aux
deux Anges qui ne cessent d'accompagner tout Croyant,
termine la prière.
Mais,
généralement, les fidèles, qui ne demandent rien à Allah
-
Exalté soit-Il -,
pas même leur pain quotidien, restent encore dans la
même posture, et, plaçant, à hauteur de leurs poitrines,
leurs mains ouvertes sous leurs yeux, à la façon des
feuillets d'un livre, ils implorent la Miséricorde Divine,
pour l'Islam, pour leurs parents et pour le salut de
leurs âmes.
Seules,
quelques parties de la prière -
le "Takbîr", la "Fâtiha" et le salut
final -
sont récitées par l'Imam sur un ton élevé. Quant aux
assistants, ils ne récitent la prière que dans le fond
de leurs coeurs, et leurs lèvres ne répètent que le
Takbîr, avec un murmure à peine perceptible aux oreilles.
Et
ce demi-silence ajoute à la grandeur de ces gestes expressifs
et simples, dans lesquels la dignité s'allie si parfaitement
à l'humilité et qui, totalement dépourvus d'affection,
constituent le spectacle d'Adoration le plus poignant
que l'on puisse imaginer.
Chaque
jour, à chacun des instants où le soleil change la couleur
de ses rayons : à son aube empourprée, à son midi flamboyant,
et à son déclin doré, à son coucher jauni par la tristesse
de sa disparition, et à son ensevelissement dans les
vbiles bleutés de la nuit, non seulement dans les mosquées,
mais
dans les maisons et dans les rues, dans les cafés et
dans les souks, dans les campagnes et dans les déserts,
isolés ou par groupes en quelque lieu qu'ils se trouvent,
sans avoir besoin de l'appel du Muezzin ni de la direction
de l'Imam, tous les Musulmans doivent interrompre leurs
occupations et même leurs pensées, pendant quelques
minutes, pour glorifier ainsi le Bienfaiteur.
Depuis
plus de treize siècles, des rives africaines de l'Atlantique
aux rives chinoises du Pacifique, plus de deux cents
millions de fidèles [Aujourd'hui plus d'un milliard]
se tournent cinq fois par jour vers la Ka'ba sainte
de la Mecque, et leurs millions de prières s'y gerbent,
pour s'élever jusqu'au Très-Haut et Lui témoigner l'inaltérable
gratitude de l'âme islamique.

Description
de la Mecque

Quelle
est donc cette ville mystérieuse, presque inconnue de
l'Antiquité, vers laquelle convergent les aspirations
de tant de créatures humaines ?
Est-ce
une de ces villes, délicieusement situées, où des rois
fastueux édifièrent de splendides palais et accumulèrent
tous les trésors de la création ? Est-ce une de ces
immenses citées commerçantes qui commandent les routes
de terre et de mer, et vers lesquelles affluent les
produits et les richesses de l'univers ? Ou bien la
capitale d'un puissant empire dont les guerriers intrépides
ont soumis à leur joug tous les peuples voisins ?
Non,
la Mecque n'est rien de tout cela, la Mecque est située
dans une des contrées les plus arides et les plus déshéritées
de la terre, et son commerce se réduisait jadis au trafic
des caravanes du désert ; elle n'était ni riche ni puissante.
Mais combien d'opulentes cités n'envieraient-elles pas
sa gloire, celle de posséder dans son sein le Temple
Sacré de la Ka'ba, et d'avoir donné le jour à Notre
Seigneur Muhammad -
qu'Allâh lui accorde la grâce et la paix -,
le Prince des Prophètes !
Aujourd'hui
encore, malgré les présents apportés de tous les coins
du globe par les cent mille [Aujourd'hui plus d'un million]
pèlerins qui viennent chaque année se prosterner dans
son temple, la Mecque, la "Mère
des Cités",
ne peut pas rivaliser avec les grandes capitales, par
le luxe de ses palais et de ses mosquées. Aux regards
des Croyants, ses trésors resplendissent d'un incomparable
éclat, mais ils ne sont point de ce monde.
En
réalité, l'aspect de la Mecque "Chérie
d'Allah"
ne diffère pas sensiblement de celui des villes arabes
du désert; elle possède des maisons plus nombreuses,
plus élevées, plus richement décorées que la plupart
d'entre elles, mais le caractère général ne s'en trouve
guère modifié.
Du
haut du mont Abî Qubays, qui la domine à l'est, on découvre
son panorama qui s'allonge du nord au sud, dans une
étroite vallée. Au premier abord, on la distingue à
peine du sol sur lequel elle est construite, les montagnes
dénudées et rocailleuses qui l'entourent n'en étant
séparées par aucune oasis, par aucune bande de verdure,
et les terrasses de ses maisons se confondant avec les
éboulis de rochers qui ont roulé sur leurs pentes. Puis
l'oeil, s'habituant peu à peu, découvre les lignes architecturales,
les ouvertures mystérieuses des logis, les broderies
des minarets élancés, et alors, surpris de cette apparition
soudaine d'une grande ville qu'il n'avait pas soupçonnée,
il la voit grandir démesurément, dans une sorte de mirage.
A leur tour, les rochers lui semblent métamorphosés
en maisons, et les collines, en immenses faubourgs,
dont il n'aperçoit plus les limites.
Mais
si, dans ce chaos de formes aux arêtes vives, l'œil
avait eu de la peine à discerner les habitations humaines
des roches escarpées, par contre, il avait été immédiatement
frappé de l'aspect étrange d'un grand cube en maçonnerie,
dressé au milieu d'une vaste cour quadrangulaire, et
recouvert d'un voile de soie noire dont l'éclat tranche
violemment sur la morne couleur de tout ce paysage,
calciné par les feux du soleil.
Ce
cube noir, c'est la Ka'ba sainte, c'est le véritable
cceur de l'Islam ; comme autant de veines apportant
au coeur le sang qui vivifie les corps, toutes les prières
de l'Islam convergent vers ce temple, pour y vivifier
les âmes. Et c'est l'unique point du monde où les musulmans
puissent se rencontrer face à face, lorsqu'ils adorent
l'Eternel.

Le
temple de la Kaaba et la pierre noire
La
ka'ba n'est ni le tombeau du Prophète -
qu'Allâh lui accorde la grâce et la paix -,
ni un objet d'adoration, ainsi que bien des Européens
se l'imaginent, Elle est un temple portant le nom de
"Bayt
Allâh Al-Harâm"
[Maison sacrée d'Allah], et son origine remonte à la
plus haute antiquité.
D'après
la tradition arabe, elle fut édifiée par Adam
-
que la paix soit sur lui -,
le père du genre humain. Détruite par le déluge, elle
fut reconstruite, sur les mêmes fondations, par le Prophète
Ibrâhim -
qu'Allâh lui accorde la grâce et la paix -,
aidé par fils Ismail
-
que la paix soit sur lui -,
l'ancêtre des Arabes. Et depuis, maintes fois réparée
dans les mêmes formes et les mêmes proportions, la ka'ba
fut le but du pèlerinage des Arabes venant y adorer
Allah l'Unique et accomplir autour d'elle sept
tournées rituelles instituées par leur aïeul, et appelées
"
Tawâf ".
Peu à peu, le culte d'Allah l'Unique s'était altéré
dans le souvenir des pèlerins, qui lui avaient associé
le culte des Idoles, au nombre de trois cent soixante,
lorsque Muhammad -
qu'Allâh lui accorde la grâce et la paix - fut
envoyé pour les détruire.
Dans
l'angle nord-est du monument se trouve scellée la
célèbre Pierre Noire
[Al-Hajar Al-Aswad], encadrée dans un cercle d'argent.
Cette
pierre, tombée du paradis, fut apportée par l'Ange Gabriel
à Abraham et à son fils, au moment de la reconstruction
du Temple, et, par leurs mains, elle fut enchâssée à
la place qu'elle occupe encore aujourd'hui, afin d'indiquer
aux pèlerins le point de départ de ses tournées rituelles.
Primitivement blanche comme le lait, elle dut la couleur
noire, qui maintenant la caractérise, à la souillure
des péchés commis par les pèlerins qui vinrent la toucher
et la baiser, en implorant le pardon du Miséricordieux.
Tout
proche de la ka'ba est creusé le puits de Zamzam, dont
l'eau miraculeuse avait jailli du sol pour sauver des
tortures de la soif Ismail, perdu dans le Désert avec
sa mère Agar. Négligé par les Arabes du temps de l'Ignorance,
il s'était ensablé ; il fut creusé à nouveau par 'Abdul-Muttalib,
peu d'années avant la naissance de Muhammad -
qu'Allâh lui accorde la grâce et la paix -,
et, depuis ce jour, son eau est l'objet de la vénération
des pèlerins qui s'en servent pour leur boisson et pour
leurs ablutions, afin de se sanctifier au souvenir de
leur Ancêtre.
Les
deux fonctions de "Siqâya"
[Intendance des eaux, et en particulier de celles de
Zamzam], et de "Hijâba"
[Intendance de la ka'ba] étaient fort recherchées à
cause des prérogatives qui s'y trouvaient attachées,
et, à l'époque où commence notre récit, elles étaient
réunies toutes deux entre les mains de 'Abdul-Muttalib
Ibn Hâchim, de la tribu des Quraychites, le grand-père
du futur Prophète -
qu'Allâh lui accorde la grâce et la paix -.

Mariage
de 'Abdullah, le père du Prophète 
'Abdul-Muttalib,
intendant de la ka'ba, sortit un jour du sanctuaire,
tenant par la main 'Abdallâh, son fils préféré. Sur
le parvis du temple, était assise une femme de la tribu
des Beni Asad, nommée Qutayla, qui, à la vue du jeune
homme, se dressa, manifestant une brusque surprise.
Elle le dévisagea avec une insistance singulière, et
fascinée par une lumière surnaturelle qui rayonnait
sur son front, elle l'interpella :
-
" Où vas-tu donc ainsi ? "
-
" Là où me conduit mon père. "
-
" Arrête-toi et écoute ; je t'offre cent chameaux,
autant que ton père dut en sacrifier pour racheter ton
existence, si tu consens à t'abattre sur moi, en cet
instant ".
Stupéfait
d'une telle impudeur, surtout en présence d'un personnage
aussi respectable que l'était 'Abdul-Muttalib, 'Abdullâh
répondit :
-
" Je suis avec mon père et je ne puis lui désobéir
ni le quitter".
Il
se détourna, plein de confusion, et rejoignit 'Abdul-Muttalib
qui le conduisit à la demeure de Wahb Ibn 'Abdi-Manâf,
avec la fille duquel il avait projeté de le marier.
Wahb
était lui-même un des seigneurs de la tribu des Beni
Zuhra ; 'Abdul-Muttalib était lui-même un des princes
de la tribu des Quraychites, une des plus nobles parmi
les tribus arabes. Entre deux familles d'une noblesse
aussi indiscutable, une alliance était facile, et le
mariage de 'Abdullâh,
fils de 'Abdul-Muttalib, avec Âmina,
fille de Wahb, fut conclu sur-le-champ.
'Abdallâh
emmena son épouse dans un château appartenant à son
oncle Abû Tâlib ; il consomma le mariage et y demeura
trois jours et trois nuits. Lorsqu'il en sortit, il
rencontra de nouveau Qutayla cette femme qui l'avait
interpellé précédemment avec si peu de retenue, et il
fut surpris de la complète indifférence avec laquelle
elle le regarda passer.
'Abdallâh
était réputé être le plus beau des jeunes mecquois ;
sa mâle prestance avait surexcité la passion de la plupart
des femmes de la ville à un tel point que, à l'annonce
de son mariage, elles étaient tombées malades,
de dépit et de jalousie. Mais Qutayla n'était pas une
vulgaire amoureuse ; elle était la soeur de Waraqa Ibn
Nawfal, le savant célèbre, dans toute l'Arabie, par
sa connaissance des Livres Sacrés ; elle avait appris
de lui qu'allait naître, en ce pays, un Prophète dont
le père serait reconnaissable à une lumière rayonnante
sur son visage avec des reflets de perle ou d'étoile.
Elle avait reconnu ce signe sur le front de 'Abdullâh,
et conçu le rêve ambitieux de devenir la mère de l'Apôtre
annoncé. Aussi, déçue dans son espoir, ne prêta-t-elle
plus aucune attention à `Abdullâh, quelle que fût sa
beauté.
Ce
dernier, ignorant ces détails, se sentit froissé d'une
telle indifférence, succédant si rapidement à une telle
ardeur, et dit à Qutayla :
-
"Eh bien ! Tu ne me renouvelles pas l'invitation
que tu me fit tout récemment ?"
-
"Qui es-tu ?"
-
"'Abdullâh Ibn 'Abdul-Muttalib".
-
"Ah! n'es-tu pas celui dont le front m'était apparu
auréolé d'une lumière qui maintenant a disparu ? Qu'est-il
donc arrivé, depuis notre rencontre ?"
Il
lui raconta son mariage ; et Qutayla, comprenant que
la Lumière accompagnant le futur Prophète, était passé
du front de 'Abdullâh dans le sein d'Âmina, son épouse,
lui dit :
-
" Par Dieu ! Je n'avais pas fait erreur, j'avais
découvert sur ton front une pure lumière que j'aurais
désiré posséder dans mes entrailles. Mais, maintenant,
elle appartient à une autre femme qui enfantera le "
meilleur des êtres créés ",
et il ne reste plus rien en toi qui me puisse intéresser."
C'est
ainsi que 'Abdullâh apprit, de cette savante femme,
la grossesse de son épouse et l'avenir réservé à son
fils, qu'il ne devait pas avoir le bonheur de connaître,
car il mourut à Yathrib deux mois avant la naissance
de Muhammad -
qu'Allâh lui accorde la grâce et la paix -.
Âmina,
la mère de l'Elu d'Allah
-
Exalté soit-Il -,
a dit :
-
"Depuis le jour où j'ai porté mon fils dans mes
entrailles, jusqu'au jour où je l'ai déposé, je n'ai
jamais ressenti la moindre douleur. Je ne sentais même
pas sa lourdeur et je ne me serais nullement doutée
de mon état, si, après la conception, et au moment où
je venais de m'endormir, un Ange ne m'était apparu et
ne m'avait dit : "Ne t'aperçois-tu pas que tu
es enceinte du Seigneur de ta nation, de son Prophète
? Apprends-le." Et au même instant, un rais
de lumière, s'échappant de mon sein, s'élançant vers
le Nord, jusque vers la terre de Syrie. Quand approcha
le terme de ma délivrance, l'Ange m'apparut de nouveau
et me recommanda : "Lorsque tu mettras au monde
ton enfant tu réciteras ces paroles : "J'ai recours
pour lui à la protection de Dieu l'Unique contre les
méchancetés des envieux", et tu le nommeras
Muhammad, c'est-à-dire le Louangé, nom sous lequel il
est annoncé dans la Torah et dans l'Evangile, car il
sera louangé par tous les habitants du ciel et de la
terre."
Au
moment du passage de la planète Jupiter, une traînée
de lumière s'échappa pour la seconde fois du sein
d'Âmina, dans la direction de la lointaine Syrie, et
illumina les palais de la ville de Busra ; et,
dans le même temps, d'autres prodiges étonnèrent le
monde : Le lac Sawâ se dessécha subitement ; un violent
tremblement de terre ébranla le palais de Chosroès et
renversa quatorze de ses tours ; le Feu Sacré, allumé
depuis plus de mille ans, s'éteignit, malgré les efforts
de ses adorateurs persans, et toutes les idoles de la
terre furent trouvées la tête honteusement courbée sur
la poitrine.
Tous
ces signes effrayèrent ceux qui en furent les témoins,
mais, malgré les prédictions d'Al-Mudhannab, le devin
des Persans, averti par un songe qu'un immense bouleversement
dans les destinées de l'Univers serait causé par un
événement survenu en Arabie, cet événement passa inaperçu
: c'était la naissance d'un enfant Quraychite à la Mecque,
petite ville perdue au milieu des déserts, et ignorée
ou méprisée des fastueux monarques de l'Orient et de
l'Occident.
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