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Voir la version complète : l'imam al-Ach'ari "se repentant" de l'ach'arisme


Djibril
24/03/2006, 11h05
L’Imam al-Ash'ari "se repentant" de l'Ash'arisme.






Question :

Les salafis prétendent que Abul Hasan al-Ash`ari a formulé les articles de foi islamique ('aqida) de l'Ash'arisme alors qu’il était entre le Mu'tazilisme et Ahl al-Sunna, et a par la suite réfuté ses propres formulations pour rejoindre Ahl al-Sunnah dans le madhhab Hanbali avant de mourir.
Y a-t-il une quelconque vérité dans tout cela ?
Ils disent que son dernier livre, al-Ibana, contient ces réfutations.
Si ce n’est pas vrai, comment le prouver à ces gens ?
Ils disent également qu’il a eu un second rêve avec le Prophète (Sallallahu 'alayhi wa salam) qui lui est apparu et lui a dit que ses positions ash'arites étaient fausses !



Réponse de shaykh Nuh Ha Mim Keller :

Les écoles Ash`arite et Maturidite ont représenté la 'aqida (ou "articles de la foi") de la majorité des Musulmans Sunnites depuis plus de mille ans ; de la même façon que les écoles Hanafite, Malikite, Shafi`ite et Hanbalite ont représenté la shari’a (ou "Loi Sacrée") pour la majorité des Musulmans Sunnites depuis cette même période. Ceux qui s’opposent à ces deux écoles sont les gens de la bid'a définis dans une fatwa (ou "avis légal") de l’Imam Ibn Hajar al-Haytami comme étant: [B]« quiconque suit une autre voie que Ahl al-Sunna wal-Jama'a, Ahl al-Sunnah wal-Jama`a signifiant ceux qui suivent les Sheikhs Abul Hasan al-Ash'ari et Abu Mansur al-Maturidi, les deux Imams d’Ahl al-Sunna » (Haythami, Fatwa Hadithiyya, 280). Dans le passé, de tels contradicteurs, exceptés les Mu`tazilites, les Chiites et les mouvements purement sectaires, étaient confinés à une poignée de Hanbalites, pour qui le nœud de désaccord avec les deux écoles traditionnelles était que ces deux écoles n’avaient rien à voir avec leur compréhension littéraliste et anthropomorphiste d’Allah le Très Haut, compréhension qu’ils ont répandu par tous les moyens à leur disposition.


En réponse à votre question, les déclarations comme quoi l’Imam Abul Hasan al-Ash'ari (m. 324/936) a renié ses propres positions ne sont pas nouvelles, mais elles ont été mises en circulation par ces mêmes Hanbalites déviants depuis bien longtemps, un fait qui a poussé le maître en hadith (hafidh) Ibn 'Asakir à étudier cette question en profondeur, et les sanads (chaines de narrateurs) de ces attributions de reniement à al-Ash'ari. Le résultat de ses recherches a fourni probablement la meilleure biographie intellectuelle d'al-Ash'ari qui ait jamais été faite, un livre qui réfute ces déclarations de façon franche et non équivoque, appelé Tabyin kadhib al-muftari fi ma nusiba ila al-Imam al-Ash'ari [la démonstration de la fausseté de ce que les menteurs ont attribué à al-Ash'ari] et qui prouve qu’il y a des menteurs dans toutes les chaînes de transmission qui attribuent cela à al-Ash'ari. Ce livre est édité, et quiconque cherche les détails à ce sujet devrait le lire.


Al-Ibana 'an usul al-diyana [la clarification des bases de la religion] de l’imam al-Ash'ari n’était pas son dernier livre, mais plutôt l’un des premiers qu’il ait écrit après être sorti du mu'tazilisme. L’Imam al-Kawthari dit :

La Ibana a été écrite au début de son retour de la pensée Mu'tazilite, et était une façon d’essayer d’amener [le littéraliste Hanbalite] al-Barbahari (m. 328/940) à embrasser les croyances d’Ahl al-Sunna. Quiconque croit que c’est son dernier livre croit à une chose complètement erronée. Plutôt, réécriture après réécriture, les anthropomorphistes ont eu le texte à leur libre disposition – particulièrement après le désordre (fitna) qui a eu lieu à Bagdad [n : après 324 de l’Hégire, quand les Hanbalites (les disciples d'al-Barbahari) ont eu le dessus à Bagdad, que les Musulmans du madhhab Shafi'ite ont été violentés, et où l’anthropomorphisme est devenu la croyance du moment (Ibn Athir : al-Kamal fi al-tarikh, 7.114)] – de telle façon que l’on ne peut se fier à ce qu'il y a dans ce texte qui contredit les positions explicites d’al-Ash'ari transmises par ses propres disciples et leurs disciples (al-Sayf al-saqil, 108).


Ceci a été soulevé par le maître en hadith (hafidh) al-Dhahabi dans son Siyar a'lam al-nubala' (15.90), ainsi que dans le livre de Ibn 'Asakir, Tabyin kadhib al-muftari. Quant aux rêves, ils peuvent être des avertissements pour le cœur mais pas des preuves, que cela soit pour la loi Islamique ou pour la croyance. Dans son introduction à l'ouvrage d’Ibn 'Asakir, al-Kawthari note que « les anthropomorphistes sont ceux qui semblent avoir besoin de cela [raconter des rêves] : étant incapables de prouver leur avis en état de veille, ils vont dormir, afin de trouver pendant leur sommeil les preuves qu’ils cherchent, puis remplir leurs livres avec. » (Tabyin kadhib al-muftari (21–22).


Quand à vos questions en général, il est notoire que l’Arabie Saoudite a imprimé et distribué dans le monde entier des milliers de copies d’un livre Salafi appelé al-Asha'ira fi al-'aqida [la méthodologie des Ash'arites dans la croyance] par un certain Safar al-Hawali, un professeur à l’université Umm al-Qura de la Mecque. Ce livre attribue à l’école Ash'arite des mauvaises interprétations typiques de cette région du monde, identifiant l’école à travers les positions des sectes hérétiques comme les Jahmiyya, les Qadariyya, les Murjites etc. et contient certaines des choses que vous avez demandé à propos des Ash'arites, donc je pense que c’est sur cette désinformation que vos professeurs Salafis d’Angleterre se basent. On peut trouver les détails dans la réfutation qui se trouve dans le récent ouvrage de Hassan al-Saqqaf intitulé Tahni'a al-sadiq al-mahbub, wa nayl al-surur al-matlub, bi maghazala Safar al-maghlub [la bienvenue à l’ami bien aimé, et l’atteinte du bonheur espéré, dans un discours affectueux avec Safar le vaincu]. J’ai entendu dire qu’al-Hawali aurait changé de position depuis, mais je ne connais pas les détails.


Al-Saqqaf parle également dans son oeuvre à propos des pseudo “repentirs” Hanbalites de nombreux imams Ash'arites comme al-Ash'ari, al-Juwayni et al-Ghazali, qui n’apparaissent pas dans leurs propres livres, mais qui nous sont plutôt "parvenus" par des sanads qui contiennent un anti-Ash'arite ou deux, ce qui est corroboré par Ibn al-Subki dans son Tabaqat al-Shafi‘iyya al-kubra [Le grand compendium des générations successives des savants Shafi’ites] sous les entrées biographiques de chacun de ces savants.


Depuis la perspective plus large de la Loi Islamique, ces mensonges sont plutôt insignifiants, car un musulman ne peut pas avoir foi dans la croyance Islamique ('aqida) de Ahl al-Sunna seulement parce que son Imam l’a dit, mais plutôt parce qu’il croit sincèrement que c’est la vérité. Les savants disent qu’il n’est pas valide légalement de suivre les savants qualifiés (taqlid) dans le domaine de la croyance (par opposition à la loi islamique) sauf si on a une totale conviction à propos de cette croyance dans son propre cœur – c’est pourquoi ils nous disent que la foi (iman) d'une personne par taqlid est seulement valable dans le cas où, si son imam cessait de croire dans un article de foi particulier, cette personne ne cesserait pas d’y croire. Donc ces fabrications semblent n’avoir que peu de valeur scientifique, à part celle de montrer jusqu’où leurs auteurs étaient prêts à aller.



http://www.masud.co.uk/ISLAM/nuh/masudq2.htm (http://www.masud.co.uk/ISLAM/nuh/masudq2.htm)

Djibril
24/03/2006, 11h06
Le texte suivant fait suite à une courte biographie d'al-Ash'ari et à une liste de quelques uns de ses ouvrages.

L'article peut être trouvé ici :

http://www.livingislam.org/ashari_e.html (http://www.livingislam.org/ashari_e.html)






Le texte altéré de l’Ibana d'al-Ash`ari
par GF Haddad





La liste ci-dessus n’inclue pas al-Ibana `an Usul al-Diyana, mais Ibn `Asakir l'attribue explicitement à al-Ash`ari dans les premières pages de Tabyin Kadhib al-Muftari, une attribution confirmée par Al-Bayhaqi, Abu al-`Abbas al-`Iraqi, Abu `Uthman al-Sabuni, et d'autres maîtres en hadith.[10] Le livre date du début de la carrière sunnite d'al-Ash`ari selon un récit relaté par Ibn Abi Ya`la dans Tabaqat al-Hanabila et cité par al-Dhahabi dans le Siyar. Le récit est formulé plutôt curieusement puisqu'il dépeint un Imam Abu al-Hasan al-Ash`ari plein d'admiration visitant le Hanbalite Abu Muhammad al-Barbahari en entrant dans Baghdad et énumérant devant lui ses réfutations[11] des Mu`tazila et sa défense des Ahl al-Sunna afin de gagner son approbation, ce à quoi al-Barbahari répond froidement : « Nous reconnaissons seulement ce que Ahmad ibn Hanbal a dit. » « Sur quoi, » le récit continue, « al-Ash`ari est sorti et a écrit al-Ibana mais ils [les Hanbalites] ne l'ont pas acceptée de lui. »[12] Al-Dhahabi cite cette narration au début de sa note biographique sur al-Barbahari dans le Siyar qui fait directement suite à la note extrêmement brève sur l'imam al-Ash`ari.[13] Au-delà de ses termes manifestement biaisés en faveur des Hanbalites, la narration montre clairement qu'al-Ash`ari a composé l'Ibana en arrivant à Baghdad ou peu après. Shaykh Wahbi Ghawiji cite une parole de l'imam Abu al-Hasan `Ali ibn Ibrahim al-Muqri (Ibn Matar), qui est mort en l'année 306, confirmant explicitement cette date : « L'imam al-Ash`ari l'a composée à Baghdad juste après y être arrivé. »[14]

Cependant, en dépit de l'authenticité de l'attribution de la paternité de l'ouvrage à al-Ash`ari, le texte de l'Ibana lui-même ne nous est assurément pas parvenu sous sa forme authentique originale mais dans une version altérée qui comporte des insertions suivant deux orientations idéologiques principales : (1) l'interprétation anthropomorphiste des attributs divins et (2) l'excommunion de l'imam Abu Hanifa (pour avoir soit disant soutenu, comme les Jahmiyya, que le Qur'an était créé).
Shaykh Wahbi Sulayman Ghawiji a démontré dans son analyse de l'ouvrage intitulé Nazra `Ilmiyya fi Nisba Kitab al-Ibana Jami`ihi ila al-Imam al-Ash`ari ("un regard scientifique sur l'attribution d'al-Ibana en sa totalité à l'imam al-Ash`ari") que ces deux positions sont contredites par ce qui est connu des positions authentiques d'al-Ash`ari dans ses ouvrages et ceux de ses étudiants.[15]


(1) L'interprétation anthropomorphiste des attributs divins est illustrée par les exemples suivants :

* Le passage : « [Notre position est] qu'Il a deux yeux (`aynayn) sans dire comment ; juste comme Il a dit : {Qui voguait sous Nos yeux (a`yuninâ`)} (54 :14). »[16] La citation d'Ibn `Asakir du même passage dans le Tabyin indique : « [Notre position est] qu'Il a un oeil (`aynan) sans dire comment. »[17] Une édition récente de l'Ibana a par conséquent modifié sa propre tradition pour suivre le texte cité par Ibn `Asakir[18] puisque les preuves du Qur'an et de la Sunna mentionnent {Mon Oeil (`aynî)} (20:39) au singulier et {Nos Yeux} (52 :48, 54:14) au pluriel mais jamais deux yeux au duel.[19] Plus loin dans toutes les versions de l'Ibana, le texte énonce : « Allah ('azza wa jall) a indiqué qu'Il possède une face et un oeil auxquels n'est donnée aucune modalité et qui ne sont pas définis. »[20]

* Le passage : « Lors de leurs supplications, les musulmans lèvent leurs mains vers le ciel, parce que Allah ('azza wa jall) est établi (mustawin) sur le Trône qui est au-dessus des cieux…[B][21] Les musulmans disent tous : "O Toi qui habite le trône" (yâ sâkin al-`arsh) ! »[22] Ce genre de raisonnement défectueux peut difficilement provenir d'al-Ash`ari pour les raisons suivantes :

- Les attributs sont divinement décrétés (tawqîfiyya) et al-Ash`ari considère cela interdit de fabriquer ou de dériver de nouveaux termes tels que mustawin et sâkin al-`arsh s'il n'y a aucun verset ni hadith authentique les transmettant tels quel : « Ma méthode dans l'acceptation des noms d'Allah est l'autorisation basée sur la Loi sans considération pour l'analogie lexicale.»[23]
- L'argument de la supplication sur la base de l'endroit mène à placer Allah ('azza wa jall) à l'intérieur de la Ka`ba selon la même logique, une impossibilité absurde.
- L'affirmation que « tous les musulmans disent : "O Toi qui habite le trône" » est inconnue. Pourtant Ibn Taymiyya la cite et essaye de la justifier avec le récit : « Allah a créé sept cieux puis a choisi le plus élevé et est demeuré à l'intérieur de lui, »[24] invoquant une narration condamnée pour soutenir une expression inventée !
- Trois éditions de l'Ibana ont « O Toi qui habite le ciel (yâ sâkin al-`samâ') »[25] ce qui émet d'autant plus de doutes sur l'intégrité du texte, en plus d'être tout autant anthropomorphiste.

* Le passage : « Si on nous demande : "Dites-vous qu'Allah a deux mains ?" La réponse est : Nous disons cela, sans dire "comment". Cela est indiquée par la parole d'Allah ('azza wa ajall) : {la main d'Allah est au-dessus de leurs mains} (48 :10) et Sa parole {ce que J'ai créé avec Mes deux mains} (38 :75). Cela a également été relaté du prophète - qu'Allah le bénisse et le salue - qu'il a dit : "Allah a créé Adam avec Sa main puis Il a frotté son dos avec Sa main et a tiré de lui sa progéniture."[26] Ainsi il est établi qu'Il a deux mains sans dire comment. Et la narration transmise nous est parvenue du prophète - qu'Allah le bénisse et le salue - que "Allah a créé Adam avec Sa main, a créé le Jardin de `Adn avec Sa main, a écrit la Torah avec Sa main, et a planté l'arbre de Tuba avec Sa main,"[27] ce qui signifie : avec la main de Sa puissance (ay biyadi qudratih). »[28] La dernière clause contredit tout le raisonnement qui précède et qui suit, et a en fait été supprimée de la dernière édition de l'Ibana ![29] Le texte dit plus loin : « Ils disent : "les mains" (al-ayd) sont la force (al-quwwa),[30] donc la signification de {avec Mes deux mains} doit être "avec Ma puissance" (bi qudratî). La réponse qu'on leur fait est : Cette interprétation est erronée. »[31] La véritable position d'al-Ash`ari sur l'attribut de la main selon Ibn `Asakir est : « Al-Ash`ari a pris la voie médiane [entre les Mu`tazila et les anthropomorphistes] et a dit : Sa main est un attribut et Son visage est un attribut, tout comme Son ouïe et Sa vue. »[32]

* Le passage suivant est absent de deux des éditions d'al-Ibana mais se trouve dans deux autres : « Et [nous croyons] qu'Il S'est établi au-dessus du Trône dans le sens qu'Il a dit et la signification qu'Il a voulu d'une manière qui transcende le contact, l'installation, la fixité, l'inhérence, et le déplacement. Le trône ne le porte pas ; plutôt, le trône et ses porteurs sont portés par la subtilité de Sa puissance, soumis à Sa poigne. Il est au-dessus du Trône et des Cieux et au-dessus de tout jusqu'aux limites de la terre avec une élévation qui ne Le rend pas plus proche du Trône et des Cieux, tout comme elle ne Le rend pas plus éloigné de la terre. Plutôt, Il est hautement Exalté au-dessus du Trône et des Cieux, tout comme Il est hautement Exalté au-dessus de la terre. Néanmoins, Il est proche de chaque entité et est {plus proche [de l'adorateur] que sa veine jugulaire} et Il est témoin de toute chose.»[33]


(2) Le takfir de l'imam Abu Hanifa - qu'Allah soit satisfait de lui - pour avoir soi-disant soutenu, comme les Jahmiyya, que le Qur'an était créé. [34]

L'imam al-Tahawi a déclaré qu'Abu Hanifa soutenait la position opposée dans son Mu`taqad Abi Hanifa ou "crédo d'Abu Hanifa," également connu sous le nom de `Aqida Tahawiyya.[35] Al-Ash`ari ne fait pas non plus mention d'Abu Hanifa dans le chapitre sur ceux qui ont soutenu que le Qur'an était créé dans ses Maqalat al-Islamiyyin.[36] Al-Ash`ari a vécu à Baghdad - le siège du Califat et le foyer de l'école Hanafite - à une époque où l'école Hanafite était depuis longtemps la doctrine de l'état[37] et aurait probablement été exécuté ou exilé pour avoir émis une telle accusation. En outre, al-Bayhaqi a déclaré que « al-Ash`ari défendait les positions des imams du passé tels que Abu Hanifa et Sufyan al-Thawri parmi les Koufiens. »[38] L'accusation dans l'Ibana est donc presque certainement une insertion postérieure, étant donné que l'hostilité contre l'imam al-a`zam, son école et ses disciples caractérise les Hanbalites fanatiques et leurs successeurs "Salafis".

Il y a également des erreurs flagrantes qu'al-Ash`ari l'hérésiographe et l'ancien Mu`tazili ne pourrait jamais commettre, comme l'attribution de la croyance qu'Allah ('azza wa jall) est partout aux Mu`tazila dans leur ensemble,[39] alors qu'il rapporte lui-même dans ses Maqalat que la grande majorité des Mu`tazila disaient, comme les Ahl al-Sunna, que c'est l’agencement (tadbîr) d'Allah ('azza wa jall) qui est partout.[40] En outre, il n'y a apparemment aucune chaîne de transmission connue pour l'Ibana remontant jusqu'à l'imam, en dépit de sa grande renommée et de l'abondance de ses étudiants,[41] et aucun de ses étudiants de la première ou de la deuxième génération - tels qu'Ibn Furak - n'en fait mention.[42] Enfin, la Shikaya Ahl al-Sunna bi Hikaya Ma Nalahum Min al-Mihna de l'imam al-Qushayri fournit un signe extérieur additionnel que l'altération de l'Ibana d'al-Ash`ari a eu lieu probablement dès le cinquième siècle :

« Ils ont attribué des positions ignobles à al-Ash`ari et ont prétendu qu'il avait dit certaines choses dont il n'y a pas un iota dans ses livres. De telles paroles ne peuvent non plus être trouvées rapportées dans aucun des livres des savants du kalâm, que cela soit ceux qui l'ont soutenu ou ceux qui se sont opposés à lui, des temps les plus anciens aux nôtres - qu'elles soient citées directement ou paraphrasées. Tout cela n'est que déformation, contrefaçon, et pure calomnie ! »[43]

En conclusion, il est possible de dire avec un certain degré de certitude que l'ibana aujourd'hui attribuée à al-Ash`ari est en réalité une réécriture anonyme et sans chaîne d'un littéraliste anti-Ash`ari et anti-Hanafi avec de clairs penchants anthropomorphistes et une volonté d'utiliser des récits israélites typique des ouvrages de doctrine anthropomorphiste[44] tandis que la version inchangée connue d'Ibn `Asakir, d'Abu `Uthman al-Sabuni, et d'autres Ash`arites ne nous est pas parvenue. C'est une confirmation en soi de cette conclusion que les premiers anthropomorphistes rejetaient l'Ibana tandis que ceux des siècles postérieurs la citent sans réservation. Et Allah est plus savant.



NOTES :


10. Ghawiji, Nazra `Ilmiyya (p. 8).

11. Comme son premier al-Luma` et Kashf al-Asrar, cf. Ibn `Asakir, Tabyin (p. 50-51 = ed. al-Kawthari p. 39).

12. Dans Tabaqat al-Hanabila (2:18). Même si le récit de la rebuffade d'Al-Barbahari était prouvé vrai, il montrerait seulement le mauvais jugement d'un savant sur un autre.

13. Dans le Siyar (11:543) sans chaîne.

14. Comme cité par Ghawiji dans Nazra `Ilmiyya (p. 8) sans donner sa source.

15. Ghawiji, Nazra `Ilmiyya (p. 21-64 sur Abu Hanifa; p. 65-99 sur l'anthropomorphisme).

16. Al-Ash`ari, al-Ibana (ed. Mahmud 2:22 = ed. Sabbagh p. 36), cf. Maqalat al-Islamiyyin (ed. `Abd al-Hamid 1:345 = ed. Ritter p. 290).

17. Ibn `Asakir, Tabyin (p. 159 = ed. al-Kawthari p. 158).

18. Al-Ash`ari, al-Ibana (ed. `Uyun p. 44).

19. Par conséquent, Ibn Hazm a dit : « Dire : "Il a deux yeux" est nul et sans fondement et fait partie de la croyance des anthropomorphistes… Allah (azza wa jall) a dit "oeil" (`ayn) et "yeux" (a`yunin)... ainsi il n'est pas permis à quiconque de le décrire comme possédant "deux yeux" car aucun texte allant dans ce sens ne nous est parvenu. » Ibn Hazm, al-Fisal fi al-Milal (2:166). Les anthropomorphistes d'aujourd'hui continuent d'insister sur l'attribution de deux yeux sans aucune preuve, invoquant la parole du prophète - qu'Allah le bénisse et le salue : « L'antéchrist (al-dajjal) est borgne tandis que votre seigneur n'est pas borgne » [relaté de Ibn `Umar dans al-Bukhari, Muslim, et les Sunan] mais ignorant ou feignant d'ignorer que les Ahl al-Sunna ont expliqué cette parole comme signifiant qu'Allah ('azza wa jall) est exempt des défauts et des attributs des créatures, tandis que l'antéchrist est à la fois créé et imparfait. Cf. Ibn Hajar, Fath al-Bari et al-Nawawi, Sharh Sahih Muslim.

20. Al-Ash`ari, al-Ibana (ed. Mahmud 2:121 [lahu wajhan wa `aynan wa lâ tukayyafu wa lâ tuhadd] = ed. Sabbagh p. 97 [lahu wajhan wa `aynan lâ bi kayf wa lâ hudûd] = ed. `Uyun p. 104 [lahu wajhan wa `aynan lâ yukayyafu wa lâ yuhadd]).

21. Al-Ash`ari, al-Ibana (ed. Mahmud 2:106-107 = ed. Sabbagh p. 89 = ed. `Uyun p. 97).

22. Al-Ash`ari, al-Ibana (ed. Hyderabad originale 1321/1903, p. 234) comme cité par Ghawiji dans Nazra `Ilmiyya (p. 84).

23. Al-Ash`ari dans les Tabaqat al-Shafi`iyya al-Kubra d'Ibn al-Subki (3:358). Cf. L'annexe intitulée, "Les Noms et les Attributs Divins sont Tawqîfiyya : Décrétés et Non-Déductibles" dans notre traduction de La croyance des Gens de la Vérité d'Ibn `Abd al-Salam.

24. Rapporté de Ibn `Umar par al-Tabarani dans al-Kabir (12:456) avec une chaîne faible en raison de Hammad ibn Waqid al-Saffar comme indiqué par al-Haythami (8:397). Le récit est munkar comme indiqué dans al-Silsila al-Da`ifa (#338) et dans al-Majmu` fi al-Da`if wa al-Munkar wa al-Mawdu` de Samir al-Bahr (1:320-321 #2359) et ne devrait jamais être amené comme preuve dans la doctrine islamique, pourtant elle est typiquement invoquée par ceux qui attribuent la direction à Allah ('azza wa jall) comme Ibn Taymiyya dans al-Ta'sis fi Radd Asas al-Taqdis = Bayan Talbis al-Jahmiyya (2:419) et son shaykh Ibn Qudama dans Ithbat Sifa al-`Uluw (p. 74). Voir également al-Abatil de al-Jawraqani (1:162) et Dhakhira al-Huffaz d'al-Qaysarani (#2056).

25. Al-Ash`ari, al-Ibana (ed. Mahmud 2:115 = ed. Sabbagh p. 94 = ed. `Uyun p. 101).

26. La formulation correcte est : « Allah a créé Adam puis Il a frotté son dos avec Sa main droite (bi yamînih) et tiré hors de lui sa progéniture. » Relaté de `Umar par al-Tirmidhi (hasan gharîb), Abu Dawud, Ahmad, et Malik.

27. Extrait d'une narration munqati` longue et décousue de Wahb ibn Munabbih par Abu al-Shaykh dans al-`Azama (3:1058-1068), assurément un récit israélite (isrâ'îliyya). Egalement relaté de Qurra ibn Iyas al-Muzani par al-Tabari avec l'énonciation suivante : « Tuba est un arbre qu'Allah ('azza wa jall) a planté avec Sa main et dans lequel Il a soufflé de Son esprit. Il donne des fruits de joyaux et de riches vêtements, et ses branches peuvent être vues d'au-delà des murs du Paradis. » Ibn Marduyah a relaté quelque chose de semblable d'Ibn `Abbas et `Abd ibn Humayd de Ka`b al-Ahbar tandis qu'al-Suyuti dans son al-Jami` al-Saghir et al-Munawi dans Fayd al-Qadir ont indiqué qu'il était faible. Cf. Ibn al-Mubarak, al-Zuhd (p. 76), Abu al-Shaykh, al-`Azama (3:1066), al-Suyuti, al-Durr al-Manthur, et les Tafsirs de : al-Tabari (13:149), al-Qurtubi (9:317), et Ibn Kathir (2:513 sura 13:29). Voir également al-Awsat d'al-Tabarani.

28. Al-Ash`ari, al-Ibana (ed. Mahmud 2:126 = ed. Sabbagh p. 99-100).

29. Cf. al-Ash`ari, al-Ibana (ed. `Uyun p. 106).

30. C'est un sens lexical établi en arabe.

31. Al-Ash`ari, al-Ibana (ed. Mahmud 2:130 = ed. Sabbagh p. 101 = ed. `Uyun p. 108).

32. Ibn `Asakir, Tabyin Kadhib al-Muftari (p. 150-151).

33. Al-Ash'ari, al-Ibana, (ed. Mahmud 2:21 = ed. Sabbagh p. 35). Ce passage est absent dans sa totalité de l'édition originale d'Hyderabad de1321/1903 et de l'édition 'Uyun de 1996.

34. Rapporté avec des chaînes contenant des menteurs dans al-Ash`ari, al-Ibana (ed. Mahmud 2:90-91 = ed. Sabbagh p. 77-78 = ed. `Uyun p. 87-88).

35. Il mérite d'être mentionné que la Ghunya de Shaykh `Abd al-Qadir al-Gilani a subi une falsification concernant exactement les deux mêmes dimensions. Ce qui est connu avec certitude de l'imam Abu Hanifa est qu'il a soutenu, comme le reste des Ahl al-Sunna, que le Qur'an était le discours incréé et pré-éternel d'Allah ('azza wa jall) comme indiqué dans al-`Aqida al-Tahawiyya, al-Fiqh al-Akbar, al-Wasiyya, al-Asma' wa al-Sifat et d'autres ouvrages.

36. Ni n'est Abu Hanifa mentionné une seule fois dans les ouvrages des autres grands hérésiologues tels que Farq Bayn al-Firaq et Usul al-Din d'al-Baghdadi, al-Fisal fi al-Milal d'Ibn Hazm, et al-Milal wa al-Nihal d'al-Shahrastani.

37. Sous les califes Abbassides al-Mu`tamid (256-279), al-Mu`tadid (279-288), al-Muktafi (288-295), al-Muqtadir (295-320), al-Qahir (320-322), al-Radi (322-332).

38. Al-Bayhaqi, Risala ila `Amid al-Mulk dans le Tabyin d'Ibn `Asakir (ed. al-Kawthari p. 103) et les Tabaqat al-Kubra d'Ibn al-Subki (3:397).

39. Al-Ash`ari, al-Ibana (ed. Mahmud 2:109 = ed. Sabbagh p. 91 = ed. `Uyun p. 99). Si interpolée, cette affirmation a probablement été influencée par l'affirmation identique d'Ibn Hazm dans son Fisal (2:96).

40. Al-Ash`ari, Maqalat al-Islamiyyin (ed. `Abd al-Hamid 1:236 = ed. Ritter p. 157).

41. Cf. al-Saqqaf, notes d'al-`Uluw d'al-Dhahabi (p. 511).

42. Cf. al-Humyari, Tashih al-Mafahim al-`Aqdiyya (p. 25).

43. Al-Qushayri, Shikaya Ahl al-Sunna in Ibn `Asakir, Tabyin Kadhib al-Muftari (ed. al-Kawthari p. 111) et Ibn al-Subki, Tabaqat al-Kubra (3:403-404).

44. Comme al-Sunna de `Abd Allah ibn Ahmad, al-Sunna d'al-Khallal, les livres de `Uthman ibn Sa`id al-Darimi, al-Ibana d'Ibn Batta, al-Tawhid d'Ibn Khuzayma, al-Arba`in fi al-Tawhid d'al-Harawi, le faux Radd `ala al-Jahmiyya trompeusement imprimé sous le nom de l'imam Ahmad, et beaucoup d'autres.

Djibril
27/10/2006, 06h52
Le savant contemporain ‘Isa ibn Abdullah Mani’ Al-Himyari a dit dans son livre Tashhul-Mafahim :

« Quant au Kitab Al-Ibana attribué à Abu’l-Hasan Al-Ash’ari – qu'Allah lui fasse miséricorde, il y a un débat à ce sujet (son attribution à Al-Ash’ari) pour un certain nombre de raisons :

Premièrement : Ibn Furak et d'autres compagnons d'Abu’l-Hasan Al-Ash’ari n'ont pas mentionné ce livre comme étant l'un de ses ouvrages. De même, le reste de ses étudiants n'ont pas mentionné cela non plus à notre connaissance.

Deuxièmement : Il y a beaucoup d'anomalies entre les (différentes) copies et il y a des contradictions dans leurs textes ; chose qui confirme que les Hashwiyah ont touché à ce livre.

Troisièmement : Il y a des expressions dans le Kitab al-Ibana qui contredisent le sens apparent des paroles d'Abu’l-Hasan Al-Ash’ari qu'il a mentionné dans ses autres livres, en particulier le Kitab al-Luma’ As-Saghir et Al-Kabir, qui est le dernier qu'il ait écrit. De même, il contient des expressions qui contredisent les paroles de ses étudiants et des imams de son madhhab alors qu'ils sont ceux qui ont transmis de lui le madhhab.

Quatrièmement : Certains Mutamaslifa (pseudo Salafis) ont essayé d'attribuer la aqida de l'anthropomorphisme (tajsim) à l'Imam Al-Ash’ari mais en ont été incapables. Et j'ai appris qu'un étudiant d'une université islamique réputée a entrepris cette tâche mais a échoué. »

dar_el_islam
21/04/2008, 23h23
Salam alaykom

un ptit up ! sujet très important !

Abdelmajid
03/11/2008, 21h22
[bism]

::salam alaykoum::

:cool::cool:

Oum Salima
03/11/2008, 21h59
::salam alaykoum::



Barakallahoufik Djibril

Gerrard
03/11/2008, 23h43
::salam alaykoum::

Que pensez vous de ce qui suit ?

al-four9an
04/11/2008, 10h54
::salam alaykoum::

Que pensez vous de ce qui suit ?
qui suit quoi

Jibril
04/11/2008, 13h49
As-salamou `alaykoum

Le frère parle du texte en arabe qu'il a posté en dessous.

:rose:

razes10
04/11/2008, 20h24
::salam alaykoum::

Que pensez vous de ce qui suit ?


::salam alaykoum::


à supposer que cette information soit vraie, car l'Imam Ibn Kathir :rahimahou ne cite pas de source mais parle à la forme passive صيغة التمريض
en disant : "ils ont mentionné"

mais qui a mentionné cela ?
Allahou A'âlame, on ne sait pas.

et tout chercheur de vérité sincère sait que ce genre de citation, avec cette forme là, ne représente pas la science sure (al yaqine)
donc cela est loin d'etre un fait scientifiquement parlant.

maintenant que cela est dit, concernant le contenu, il n'y a rien de gênant dans ses paroles !

notre réponse est celle de l'Imam Al Subki :rahimahou qui est trés claire et trés éloquente, la réponse qu'il donne à propos de l'Imam Al Juwayni est la même pour l'Imam Al Ash'âri, Rahimahoum Allah :


ثم أقول للأشاعرة قولان مشهوران في إثبات الصفات هل تمر على ظاهرها مع اعتقاد التنزيه أو تؤول والقول بالإمرار مع اعتقاد التنزيه هو المعزو إلى السلف

وهو اختيار الإمام في الرسالة النظامية وفي مواضع من كلامه فرجوعه معناه الرجوع عن التأويل إلى التفويض ولا إنكار في هذا ولا في مقابلة فإنها مسألة اجتهادية أعني مسألة التأويل أو التفويض مع اعتقاد التنزيه

إنما المصيبة الكبرى والداهية الدهياء الإمرار على الظاهر والاعتقاد أنه المراد وأنه لا يستحيل على الباري فلذلك قول المجسمة عباد الوثن الذين في قلوبهم زيغ يحملهم الزيغ على اتباع المتشابه ابتغاء الفتنة عليهم لعائن الله تترى واحدة بعد أخرى

ما أجراهم على الكذب وأقل فهمهم للحقائق انتهى

طبقات الشافعية الكبرى ج: 5 ص: 190-191


Et puis je dis (l’imam Al Subki), les Ashaârites ont deux positions concernant les attributs, doit-on faire passer les textes selon leur apparence sans rien dire en croyant l’exaltation d’Allah ? Ou bien faisons nous le Taawil (l’interprétation) ? L’avis de les faire passer sans rien dire en croyant en l’exaltation d’Allah est celui attribué aux Salafs

et c’est le choix de l’Imam (Al Juwayni) dans son épitre Nizzamite (al rissala al nidhamiya) ainsi que dans certains endroits de ses paroles.

Donc son retour veut dire le retour du Taawil vers le tafwid, et il n'y a rien de blâmable là-dedans.

Car il s’agit d’une question d’Ijtihad, je veux dire la question du Ta’awil et du Tafwid avec le tanzih (en croyant à l’exaltation d’Allah).

En fait le grand malheur et la chose étonnante est de faire passer ces textes selon le sens apparent en croyant que c’est le sens voulu

et que de tels sens ne sont pas impossibles pour Le Créateur.

C’est pour cela que les Anthropomorphistes, adorateurs d’idoles, qui ont une inclinaison vers l’égarement dans leurs cœurs, cette inclinaison les incite à pourchasser les textes équivoques, en cherchant la dissension, sur eux les malédictions d’Allah en suivant, les unes après les autres !

Qu’est-ce qu’ils sont audacieux au sujet du mensonge ! Et combien leur compréhension est nulle au sujet des vérités. Fin

Extrait du livre: "Les Grandes Classes Chafiites", tome 5, pages : 190-191.

http://aslama.com/forums/showthread.php?t=12890&highlight=juwayni (http://aslama.com/forums/showthread.php?t=12890&highlight=juwayni)



wal salamou âlaykoum