Voir la version complète : L'Ecole Malikite
Abd-al-Batin
25/02/2006, 22h56
Salam aleykoum
je reproduis ici un dossier fort interessant sur l'école malikite (al madhdhab al maliki), ses fondements, etc.
Tout d'abord, à propos de la personne de l'imam Malik, cliquer ici (http://aslama.com/forums/showthread.php?t=2705).
en introduction, voici un rappel introductif sur les 4 écoles de jurisprudence.
Les Quatre Ecoles Juridiques (madhahib)
Les Fouqahas (les docteurs de droit musulman) définissent Le madhab comme étant la tendance juridique adoptée pour l?interprétation des lois charaïques et la méthode que suit le moujtahid dans la déduction et l?argumentation. Le madhab comprend aussi les branches (furu?) qui s?ajoutent à une école donnée.
Les fondements des écoles juridiques se différentient selon les méthodes adoptées par leurs fondateurs dans l?ijtihad (le fruit de l?effort de réflexion du moujtahid) et dans la déduction des lois ou des prescriptions à partir du Coran et de la Sunna.
La vie politique et intellectuelle en pleine effervescence à partir du II ème siècle de l?hégire a engendré une multitude de questions auxquelles les foukahas devaient trouver des réponses et des prescriptions. Pour combler ce « vide juridique », une cinquantaine d?écoles juridiques ont vu le jour entre le II et le III siècles dont la majorité a disparue. Aujourd?hui, seules quatre écoles dites sunnites sont suivies, auxquelles s?ajoutent des courants salafis qui ne penchent pas vers l?adoption d?une école juridique déterminée.
Les écoles juridiques ont connu trois étapes distinctes :
? l?étape de la construction qui a duré presque trois siècles (jusqu?à la chute de Bagdad en 656). durant cette période, les écoles se sont structurées et les moudawannas, des recueils qui regroupent les points de discorde entre les différentes écoles ont été composées.
? L?étape du taqlid (imitation d?une «école juridique) à partir du VIII siècle de l?hégire: durant cette période, l?activité juridique s?est limitée à reproduire, expliquer, organiser et abréger le patrimoine juridique. Les recherches se sont intéressées aux questions terminologiques et hypothétiques. Le fiqh s?est ainsi éloigné de la réalité des gens.
? L?étape du renouveau à partir du XIX siècle: les études juridiques se sont caractérisées par l?évolution et par l?accompagnement des problèmes de l?époque engendrées par l?évolution des sciences humaines et le contact entre les civilisations.
Les quatre écoles juridiques sunnites :
Le terme « sunna » en arabe désigne les paroles et les actes du prophète Mohammad saws.
Les écoles juridiques sunnites sont apparues sous le règne des Abbasides. Elles ont pris les noms des imams qui les ont fondés à savoir : Abou Hanifa, Malek Ibn Anass, Ashafii et Ibn Hanbal. Elles adoptent, toutes, quatre fondements essentielles : le Coran, la Sunna, le consensus (ijma?) et le raisonnement par analogie (qiyas) en plus d?autres fondements qui différent d?une école à l?autre.
1 - L?école Hanafite : fondée par Abou Hanifa Annu?man (80-150 AH), cette école est apparue en Irak, à Koufa et s?est répandue à Bagdad. Elle a adopté les méthodes de son fondateur et celles des choyoukh (maîtres) de l?école comme Abou Youssef et Abou El Hassan. Ses fondements comprennent, en plus des quatre sus mentionnés, l?istihsan, al ?urf (la coutume) et qawl assahabi (le dire du compagnon du Prophète). L?école est caractérisée aussi par l?adoption des fondements basés sur la raison et par les critères rigoureux qu?elle a établis pour accepter ou réfuter un hadith. Cette école est répandue de nos jours en Afghanistan, en Inde et en Chine.
2 ? l?école Malékite : elle a été fondée par Malek Ibn Anass (93-179 A.H). Apparue à Médine, cette école met l?accent sur l?avis des compagnons du prophète et sur la pratique des médinois (?amal ahl al madina), ces derniers étant les descendants des compagnons du prophète. Elle donne aussi une place importante aux us et aux coutumes de la société s?ils ne contredisent pas le droit musulman ainsi qu?à l?établissement des normes juridiques à partir de l'intérêt général de la société, appelé al masalih al mursala.
Les ouvrages de référence de cette école sont, entre autres, le Muwatta? de l?imam Malek et la Modawanna, un recueil des avis juridiques de Malek qu?a compilé Sahnoun Ibn Saïd Attanoukhi. Cette école s?est répandue en Andalousie, en Egypte, en Iraq, à Khurassan et en Afrique du nord.
3 ? l?école Chaféite : elle a été fondée par Mohammed Ben Idriss Achaféi (150-204 A.H) qui a vécu à la Mecque, puis en Iraq avant de s?installer en Egypte. Il a apprit le fiqh selon l?école malékite puis plus tard selon l?école Hanafite. Son école s?est positionnée entre l?école hanafite qui prime l?opinion personnelle (arra?i), et l?école malékite qui se base essentiellement sur la sunna. Pour les chaféites, la sunna est valorisée comme source de droit et une grande importance est donnée au consensus de toute la communauté. Cette école s?est répandue en Egypte, en Arabie, au Koweït, au Yémen, et dans certains pays de l?Asie comme l?Indonésie, la Malaisie et le Thaïlande.
4 ? l?école Hanbalite : elle a été fondée par Ahmad Ibn Hanbal (164-241 A.H) considéré par un grand nombre d?ouléma comme un traditionaliste (rajul al hadith) plutôt qu?un juriste. Ibn Hanbal a désapprouvé son maître Achaféi d?avoir adopté l?opinion personnelle. Il a primé le hadith du prophète auquel il a dévoué un recueil appelé « al musnad » et qui comprend plus de 40.000 hadiths. Cette école est adopté l?interprétation apparente (dhahir) du Coran et de la sunna et rejette le raisonnement par analogie.
Les écoles juridiques se différentient, certes, dans l?interprétation et la déduction des lois et des prescriptions juridiques et leur application. Toutefois, cette différence illustre une sagesse parfaite et la clémence de Dieu envers ses serviteurs. La marge de man?uvre dans la déduction des lois est très large. La communauté musulmane se trouve devant une multitude de lois et de méthodes qui lui permettent de faire face aux nouvelles situations et aux problèmes juridiques imposés par la vie moderne et par l?évolution des sciences et des sociétés.
Abd-al-Batin
25/02/2006, 23h38
Les fondements du rite malékite
Le rite Malékite se distingue par ses fondements rationnels et scripturaires caractérisés dans leur ensemble par l'ouverture et la souplesse.
A méditer les sources du rite malékite, on ne peut que se rendre à l'évidence qu'elles recourent aussi bien au scripturaire qu'au rationnel et qu'elles incorporent et le texte et l'effort de déduction. Le rite se caractérise, en outre, par une grande ouverture et une flexibilité qui lui permettent d?avoir une grande capacité de rénovation et une grande facilité de s'adapter aux situations nouvelles et par conséquent résoudre les problèmes qu'elles soulèvent.
Tant l'istishab et ses implications au niveau des coutumes, de la prévention d?actes illicites «sadd addarai'» et de la prise en compte de l?avis contraire «mura'at al khilaf», constituent un argument juridique d'envergure qui permet au rite malékite d'assimiler toutes les nouveautés que connaissent les sociétés au cours de leur évolution permanente.
La plupart des recherches juridiques de cette école reviennent, dans les déductions qu'elles établissent, à la notion d'intérêt général. Ainsi, le malékisme a-t-il pu permettre des études très approfondies en matière de recherche des finalités de la charia et de ses nobles objectifs, dont le pilier principal se trouve être justement l'intérêt général .
I - Les fondements rationnels du rite malékite :
1- Le raisonnement par analogie:
C'est une méthode par laquelle on rattache un cas qui ne dispose pas de texte à la norme légale à partir d'une raison légale servant de lien entre les deux cas.
2- L'istihsan :
C'est lorsque le faqih jurisconsulte, appelé à déduire quelque norme abandonne une analogie évidente pour une autre moins apparente pour des raisons personnelles; l'analogie choisie étant plus pertinente que l'autre.
3- L'istislah :
Il s'agit ici d'établir des normes juridiques en prenant en considération l'intérêt général de la société. On recherche par là tout d'abord ce qui est profitable aux gens et ce qui serait susceptible de leur éviter les vices et les corruptions. Dans cet intérêt général, il est des cas reconnus par la Loi, d'autres qui ne le sont pas, et d'autres sur lesquels elle a gardé le silence. L'effort de la déduction de la norme s'effectuera de sorte que soient pris en considération les finalités et les objectifs du Législateur à partir desquels le mujtahid peut intégrer les intérêts généraux non spécifiés par la Loi. II s'agit en fait d'une déduction par analogie mais à plus large portée.
4- La coutume:
Le malékisme prend en considération, en cas de déduction des normes, les us et les coutumes d'une société sous réserve quils ne contredisent aucune des dispositions de la loi, ce qui s'assimile à l'istislah, car l'usage et la coutume préservent eux aussi l'intérêt général. C'est pourquoi les légistes musulmans les ont classés dans la même catégorie tout en considérant la coutume comme étant une condition et l'usage comme étant une référence.
5- Sadd addarai' (la prévention d?actes illicites):
Il s'agit là d'écarter un moyen reconnu légal mais ouvrant la voie à des interdictions légales soit avec certitude ou forte probabilité. C'est qu'en effet les moyens sont jugés selon leurs fins et comme on parvient à la norme légale en obstruant l?accès à l'acte illicite on peut y parvenir par le moyen inverse. Par conséquent, lorsque ce qui est recherché par la norme légale ne trouve pas son moyen légal, le moyen qui ne le serait pas devient nécessaire conformément au principe qui veut que le moyen parvenant à ce qui est obligatoire devient à son tour obligatoire.
6- L'istishab:
C'est le maintien obligatoire d'une norme légale à une époque présente à partir de son établissement de par le passé aussi bien dans son existence que de sa non existence jusqu'à preuve du contraire.
7- Mura'at al khilaf (la prise en compte de l?avis différent):
C'est le fait de mettre en ?uvre un argument pour une obligation dont la signification appelle un argument [1] contraire, ou bien lorsque le mujtahid met en ?uvre une norme pour un argument qu'il a utilisé pour son contraire [2] . A titre d'exemple, le rite malikite rejette le mariage dit «ach-chighar» * . Mais si à la mort de l'un des deux conjoints le mariage s'avère un «ach-chighar», le principe de l'héritage sera admis conformément au «mura'at al khilaf» .
II - les fondements scripturaires:
1- le Coran et la Sunna (Tradition du Prophète):
le Coran et la Sunna constituent, d'une part, les données textuelles et la source première, et d'autre part, ce qui a été transmis oralement comme Traditions du Messager de Dieu. C'est à partir de ces données scripturaires que Malik a édifié sa doctrine, en se basant sur leur authenticité tout en en dégageant la portée et le contenu par l'explication et l'interprétation sémantique et logique de leur énoncé:
a- Le sens textuel est saisi à partir d'un énoncé univoque n'admettant nulle autre interprétation. Pour cela sa signification est dite «absolue» (qat'iya) [3] .
b- Le sens obvie, lui, est reflété par un énoncé pouvant avoir deux significations dont l'une est plus plausible que l'autre [2] .
c- Le sens impliqué dans l'énoncé peut être déterminé à contrario lorsque la chose énoncée s'oppose dans la norme, à la chose non énoncée [4] .
d- Le sens peut être implicite par raisonnement à fortiori ou lorsqu'il est conforme à la norme. C'est quand le contenu est plus en conformité avec l'expression [5] . On l'appelle également l'analogie évidente ou première.
e- Le sens peut être obtenu par déduction lorsqu'un énoncé implique un autre. Ici l'implication peut être expresse ou indicative:
La première est directe: c'est lorsque la signification de l'énoncé contient une idée nécessaire à la consistance originelle du texte, prouvant sa conformité au point de vue rationnel, juridique ou coutumier.
La seconde est allusive: c'est quand l'énoncé contient une idée nécessaire à la consistance originelle du texte sans que la conformité rationnelle, juridique ou coutumière n'en dépende [6] . f- Le signe de l'énoncé: c'est l'indication par allusion. C'est quand les qualificatifs exprimés avec la norme n'ont pas de sens raisonnable s'ils ne sont pas la cause de l'établissement de la norme [7] .
3- Le consensus communautaire:
Il a lieu après la disparition du Prophète lorsque les mujtahid se mettent d'accord pour adopter une nouvelle norme légale à une époque déterminée. Cet assentiment peut être explicite ou implicite, ce dernier ayant été le plus usuel.
4- La pratique de Médine:
Il s'agit d'une jurisprudence rassemblant des décisions légales prises par les compagnons du Prophète et la génération qui leur a succédé. Cette pratique juridique est retenue en tant que source de droit car elle a été transmise à partir du témoignage prophétique transmis de génération en génération. C'est pourquoi d'ailleurs Malek la faisait prévaloir sur les propos du Prophète dits «isolés» en cas de contradiction entre les deux, car, il considérait cette pratique plus effective et donc plus authentique. Ce qui est transmis de génération en génération étant plus authentique que ce qui a été transmis d'individu à l?autre.
5- Le «dire» du compagnon du Prophète:
C'est l'opinion personnelle de ce compagnon, émanant de son effort personnel. Une fois acceptée et ne soulevant aucune opposition [8] , cette opinion est considérée comme une source valable. Si le compagnon rapporte un propos qui ne relève pas de son opinion ou de son choix, ce propos a force de sunna.
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[1] Voir « Hudud » de ibn 'Arafa commenté par Anassai, p. 242, éd. Ministère des Habous et des Affaires Islamiques - Maroc, 1412H/1992.
[2] « Manar Assalik ", p. 32.
* N. D. T : (ach-chighar) : Une forme de «mariage par compensation». Il consiste à ce que l?homme donne en mariage une femme : soit sa fille, sa s?ur ou toute autre femme qui est sous sa tutelle à un tiers à condition que ce dernier lui donne en mariage une femme sans la dot, car l?échange prend la place de la dot .
[3] Voir «Manar Assalik ila madhhab al imam Malik» du savantissime Ahmad Assuba'i Arrajraji. P. 15, édition Fès 1359 H / 1940 1ère édition.
[4] ?Miftah al wussul ila bina al furu' ?ala I-Ussul? par Acharif Atlemsani, p. 54. Maktabat al Khafaji - Le Caire, 1962. Ouvrage établi par Abdewahab Abdelatif. Voir aussi "Manar Assalik" de Arrajraji p. 15. .
[5] ?Miftah al wusul" de Attelemsani , p. 84, ainsi que" Manar Assalik" p 16. Il existe à ce propos de nombreuses notions comme la condition, la restriction, le but, espace et temps, le nombre, voir aussi" Miftah al wusul " de Attelemsani, p. 87 et suivantes. .
[5 "Manar Assalik" p. 16 .
[6] Idem p. 17.
7] Idem p. 17 .
[8] Idem p. 20.
Abd-al-Batin
25/02/2006, 23h59
Spécificités du rite Malikite
Le rite Malékite a constitué ainsi un modèle digne d'être suivi dans toutes les orientations qu'il préconise. Parmi ses spécificités :
1-L'étendue de ses fondements et la pluralité de ses règles : Le rite Malékite se base sur les fondements rationnels et scripturaires caractérisés dans leur ensemble par l'étendue et la souplesse. Ce qui lui confère une grande capacité de s'adapter aux situations nouvelles et de résoudre les problèmes qu'elles soulèvent. L'existence des règles juridiques fort nombreuses dans le rite malékite constitue encore une fois la preuve de la maturité et de la solidité du rite malékite.
2- Le fait qu'il se fonde sur la pratique judiciaire des meilleurs compagnons du Prophète et de la 1ère génération d?ancêtres vénérables : L'Imam Malek a puisé l?essentiel de sa doctrine juridique chez les savants oulémas de Médine. Leur jurisprudence, héritée du Prophète fut transmise de génération en génération.
3- Sa pondération et son équilibre, recherchant le juste milieu : Que le rite malékite soit fondé sur de larges données scripturaires et rationnelles et provienne de la science de Médine, ceci en a fait la doctrine du juste milieu et de l'équilibre par excellence. Il est néanmoins nécessaire de noter que la raison suit le scripturaire et demeure dans l'orbite de celui-ci. Le Malékisme par ailleurs adopte souvent une position médiane en cas de questions traitées de manière opposée par deux doctrines.
4- Le fait que de nombreux Imams l'ont suivi et s'y sont conformés : Une fois la doctrine malékite achevée, maints imams parmi les mujtahid et les légistes de tous temps et de tous lieux, se sont mis à se rallier à son école. Parmi les Médinois, on trouve par exemple Ibn Kinana, Ibn al Majichoun, Ibn Nafi' et Ibn Maslma?
5- Une riche bibliothèque: C'est là encore une qualité du rite malékite qui complète toutes celles qu'on a passées en revue. Comme cette école a formé en tout temps et un peu partout en terre d'Islam une multitude de savants de haute valeur, elle a aussi produit une myriade d'ouvrages où les tenants du rite ont pu en préserver et conserver les fondements et le Droit, ses cas d'espèce et ses avis juridiques. Citons essentiellement parmi ces ouvrages : Le « Muwatta » et ses commentaires, la Mudawwana de Sahnoun et la Risala de Ibn Abi Zayd?
La riche bibliographie de la doctrine malékite et ses nombreuses références ont joué un grand rôle dans son enracinement parmi les populations et ce, grâce à sa diffusion parmi les savants et les chercheurs aux divers niveaux de leur savoir en science et en Droit.
6- Le fait qu'il ait eu une longue pratique : Appliquer le Droit et émettre des fatwas sont deux activités synergiques et complémentaires qui ne manquent pas de mettre en valeur la théorie scientifique, mais aussi pragmatique du malékisme au niveau de l?application correcte de son Droit pour résoudre les problèmes quotidiens d'une société.
7- Le fait qu'il ait beaucoup servi dans l'émission d?avis juridiques : Autant le malékisme est riche par ses principes et ses règles, structuré dans son organisation et vaste en sa matière, autant il est compétent à traiter la vie des hommes dans leurs rapports et leurs relations sociales et à même de contenir et d'assimiler leur vie active; c'est pourquoi d'ailleurs maintes écoles juridiques sont tombées en désuétude, incapables qu'elles étaient de contenir les réalités nouvelles de la société dans son évolution continue.
8- Le fait qu'il ait bénéficié de plusieurs études approfondies :Le malékisme a bénéficié de plusieurs études aussi approfondies que précises de la part des tenants du rite parmi les spécialistes en sciences des fondements les plus dévoués et les légistes les plus appliqués. Les premiers, investissant ses sources et ses principes; les autres étudiant parcimonieusement son droit général. Toutes ces études et recherches n'ont pas manqué de mettre à jour les trésors cachés du malékisme tant au niveau de l'application au Droit que de la véracité de ses traditions rapportées, ce qui lui permit de rester efficace jusqu'à aujourd'hui grâce à sa malléabilité et sa capacité d?assimiler les nouvelles situations sociales.
9- Doctrine officielle des Etats:Le malékisme, depuis qu'il est apparu au Maroc jusqu'à aujourd'hui, s'est toujours imposé en tant que doctrine officielle de l'Etat, à l?ensemble des populations. De même, il a constitué un auxiliaire efficace pour les juges dans "exercice de leur fonction et une source intarissable pour le « mujtahid » dans l'émission des avis juridiques. "
10- Un facteur d'union pour l'Islam en Afrique;Nombreux sont les bienfaits de la doctrine malékite et de la dogmatique ach'arite pour le Maghreb et le sud ouest africain. Ces deux écoles sont parvenues à tisser des liens solides entre les Musulmans de cette région, autour d'une doctrine unique en matière de fondements et d'applications du Droit. Ce phénomène n'a pas été sans utilité à l'Islam et à la diffusion de la science des anciens dans le continent africain.
Certes, une doctrine qui parvient à réunir une communauté autour d'une même vision du monde est digne d'être suivie et qu'on s?y conforme en tant qu'indicateur pour comprendre la religion et établir ses belles valeurs dans la vie active.
Abd-al-Batin
26/02/2006, 00h01
Spécificités sur
les Fondements du Fiqh (Usul al Fiqh)
Sur le plan des fondements du fiqh, le rite malékite se distingue par de nombreux atouts dont les plus importants sont :
1-L?abondance et la diversité des sources du rite malikite avec, en premier lieu le Saint Coran, la Tradition du Prophète (la Sounna), auxquels viennent s?ajouter le consensus de la Oumma (Al-Ijmâ?), les bonnes m?urs de la communauté de Médine, le raisonnement par analogie (Al Qyâs) le meilleur choix juridique (Al-Istihsân), la déduction (Al-Istiqra?), l?avis des Compagnons du Prophète (psl), les lois de nos prédécesseurs, la continuité de la norme juridique (Al-Istishâb), les utilités communes transmises (Al masâlih al-moursala), les arguments obstructifs pour toute voie menant à l?interdit (Sadd ad-darâ?i?), l?entérinement du droit coutumier et la prise en compte de l?argument différent, en plus des divers principes généraux puisés dans ces sources et recensés par les malikites au nombre de quelques 1200 règles couvrant toutes les disciplines du fiqh.
Cette diversité, tout en contribuant à l?enrichissement et au renforcement de la doctrine malékite, a facilité la tâche aux oulémas en leur permettant de disposer des moyens d?interprétation les plus adéquats et des outils les plus efficaces pour la déduction.
La force du rite malékite réside dans sa capacité à intégrer la totalité de ces sources, ce que d?autres rites n?ont réussi que partiellement.
La diversité de ces origines et de ces sources vacille entre la transcription fidèle et la véracité de l?opinion inspirée de la chari?a ou fondée sur un raisonnement tel que l?analogie.
Le raisonnement, l?effort de réflexion, le refus d?aborder les textes en tant que matière figée ainsi que le rejet de tout excès d?usage de l?esprit sont les caractéristiques qui distinguent le rite malékite des autres écoles modernistes ou celles qui prônent l?usage pur et simple de la raison. C?est, au fait, là le secret de la modération et du juste milieu qui caractérisent cette doctrine ainsi que son accueil favorable par les fidèles qui n?hésitaient pas à parcourir de longues distances, essoufflant leurs montures, pour aller consulter l?imam Mâlik, de son vivant, pour avoir son avis sur telle ou telle question théologique .
2-Le rite malékite s?est largement ouvert sur les fondements qui font l?unanimité, de sorte qu?il a contribué, et contribue toujours, à combler les lacunes dont souffrent les efforts d?interprétation et de déduction. A l?égard du Saint Coran et de la Sunna, le rite malékite ne se contente pas d?une analyse superficielle du texte. Il adopte plutôt une approche qui fait dégager les notions de différence, de divergence, d?interpellation du discours en procédant à une mise en ?uvre de la sémantique du contexte, de la corrélation et de l?affiliation. A titre d?exemple, il cite le verset coranique : «?Et les chevaux, les mulets et les ânes pour les monter et pour l?apparat» (Trad. Berque) (XVI : 8) pour prouver qu?on ne doit pas de zakat sur les chevaux, du fait qu?ils sont évoqués dans le même verset avec les ânes sur lesquels il est préalablement établi qu?on ne doit pas de zakat.
Le rite malékite s?est en outre tellement élargi dans le domaine du raisonnement analogique qu?il a accepté de nombreux cas rejetés par d?autres rites. Ainsi, contrairement à la force exhaustive du rite malékite, d?autres théologiens rejettent la démarche par analogie, réduisant par là le champ du licite. Ils n?acceptent pas de vérifier par raisonnement analogique, de raisonner par analogie sur une question complexe ni appliquer ce procédé à un cas particulier ni encore l?utiliser comme démarche opposée, sans l?accepter non plus quand il s?agit des peines prescrites, des expiations, des autorisations, des estimations, des causes, des conditions et des empêchements.
Abd-al-Batin
26/02/2006, 00h12
Spécificités sur
la Jurisprudence (fiqh)
1-La prédisposition à l?ouverture sur l?autre:
Le rite malékite se caractérise par son ouverture sur d?autres rites ainsi que sur d?autres religions révélées antérieurement avec lesquelles il entretient des relations de cohabitation, de coexistence et d?intérêt réciproque sur la base de la règle selon laquelle « La loi de ceux qui nous ont précédés est la nôtre tant qu?elle n?est pas abrogée par un texte ». Cette règle a été adoptée comme l?un des principes de base du rite malékite, convaincu de la liberté de la jurisprudence qu?il estime être un devoir qui ne saurait être réduit à la simple imitation puisque l?effort (ijtihad), selon lui, à l?instar de la plupart des spécialistes des sciences des fondements, devrait être personnel.
a) Les malékites ont aussi opté pour les notions de la légitimité du gage (Al-ja?âla) et de la caution (Al-kafâla) conformément à la loi de Youssef telle que relatée par Dieu dans le Saint Coran : «Et celui qui le rapportera aura la charge d?un chameau et je m?en porte garant» (XII :72). Les malékites ont également légitimé la notion de partage préparé à l?avance (Al Qisma) comme le fit Sâlih selon le Coran : «Voici une chamelle : il lui appartient de s?abreuver un jour convenu et à vous de boire un autre jour» (XXVI :155) ainsi que la notion de l?échange, du troc «Je voudrais te donner en mariage l?une de mes deux filles que voici contre huit années de service auprès de moi»(XXVIII :27) tel que le Coran le fait dire au sage de Madian s?adressant au prophète Moûsâ.
b)Le rite malékite ne s'oppose pas à ce que ses adeptes participent à une salât officiée par imam non malikite qui aurait un avis différent au sujet d?une branche du fiqh, pourvu que celui-ci estime qu?il ne s?agit point d?une condition ou d?une règle fondamentale du culte concerné. Ainsi, permet-il, par exemple, à ses adeptes d?accomplir la salât dirigée par quelqu?un qui s?était laissé endormir un moment après avoir fait ses ablutions ou qui ne récite pas la sourate de la fatiha requise, en principe, pour la salât, ou encore qui entame celle-ci sans prononcer la takbirat al ihrâm (formule qui consiste à dire : «Dieu est grand») conformément au rite d?Abou Hanîfa, (Dieu l?agrée).
c)Le rite malékite s?oppose à l?excommunication des musulmans (takfir) à cause d?un péché ou d?une tentation. A la question de savoir si les Mou?tazilites sont ou non des mécréants, Mâlik avait répondu : «C?est la mécréance qu?ils ont fuie».
d) L?abstention de s?opposer à toute critique même au cas où elle ne correspondrait pas aux dispositions et aux règles qui régissent la doctrine malékite.
La recommandation du convenable et la condamnation du blâmable. Cette règle majeure qui est à la base de la coexistence et la concorde entre les différents rites n?est pas applicable aux questions controversées afin d?éviter tout conflit doctrinaire ou sectaire.
e)En cas d?absence de texte malékite au sujet d?un cas d?espèce, il est fait recours aux rites chafi?ite ou hanafite malgré leur différence avec le rite malékite.
f)Le refus de Mâlik b. Anas d?imposer son rite à tous les Imams comme cela lui a été suggéré par le calife abbasside auprès duquel il s?est excusé.
g)L?aptitude à tenir compte de la différence d?opinion et à éviter les désagréments qui peuvent en découler. C?est le cas de la récitation à voix basse de la basmala (fait de prononcer: au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux) et la récitation de la fatiha en même temps que celui qui officie la salât. C?en est là une preuve d?indulgence et une manière d?éviter toute relation conflictuelle avec l?Imam Châfi?î.
h) L?acceptation de la version d?un innovateur à condition qu?il ne cherche pas à se faire d?adeptes ni faire admettre le mensonge.
i) La possibilité de contourner le rite malékite en vue d?adopter une opinion différente sur une question qui se prête difficilement à l?application des principes de ce rite pour une raison ou une autre.
On rapporta que Mâlik entra à la mosquée après la salât du ?asr puis s?assied sans accomplir deux rak?a en guise de respect du lieu de culte quand un enfant l?interpella : «Lève-toi, monsieur, pour accomplir deux rak?a ! Et Mâlik s?exécuta. Interrogé à se sujet, il répondit : «Je crains d?être concerné par cette parole de Dieu : «Et quand on leur dit : Inclinez-vous !, ils ne le font pas »(LXXVII : 48).
La doctrine malékite se présente donc comme une doctrine ouverte, tolérante et prête à cohabiter d?une façon paisible et cordiale avec les autres rites, avec lesquels elle est prédisposée à l?échange et à la coopération pour un enrichissement mutuel.
C?est ce leg qui a façonné la société marocaine à travers l?histoire pour en faire une société ouverte, tolérante sans pour autant renoncer à ses spécificités ni perdre son identité. Il s?agit là d?un bienfait vertueux du malikisme dont le pays a pu tirer grandement profit.
2-Prédisposition à l?évolution et au renouveau :
La prédisposition du malikisme à l?évolution et au renouveau en parfaite harmonie avec le temps, dans le cadre et sous le contrôle de la chari?a avec ses principes doctrinaires et son environnement philosophique et moral, s?inspire des règles d?observance des bonnes m?urs, de l?utilité publique et du principe d?obstruction de toute voie menant à l?interdit. Cette approche considère les questions à traiter en fonction de leur contexte spatio-temporel susceptible de changer d?une époque à l?autre et d?une aire géographique à l?autre. Cette voie ouvre la perspective à tout chercheur musulman ayant la compétence et l?aptitude requises pour aborder les problèmes posés en fonction des nécessités de chaque conjoncture et contribuer ainsi à tirer les déductions jurisprudentielles valables ou opérer les choix appropriés.
L?expérience marocaine a prouvé la pertinence de cette approche et l?efficacité de ces principes au niveau de la jurisprudence. C?est ainsi que les précurseurs de cette doctrine, toujours en quête de renouveau, se sont fondés, pour leurs jugements et leurs fatwa, sur des procédures empruntées à d?autres sources, en dehors de la doctrine malékite mais sans confrontation aucune avec la conjoncture religieuse, sociale, économique, politique et sécuritaire dans laquelle ils vivent. Ceci leur a permis d?éviter d?importer des idées exogènes tout en sauvegardant l?identité musulmane et le caractère malékite de leur législation et leur judicature.
Néanmoins, cette prédisposition à l?évolution et au renouveau est limitée au cas suivants : absence de texte, possibilité de choix ou divergence d?opinion. Par contre tout ce qui est exprimé explicitement par les textes sous forme d?injonctions, d?interdictions ou ce qui est convenu d?appeler coutumes reconnues légales, tout cela relève du domaine des constantes qui ne doivent en aucun cas subir de révision quoiqu?il s?agisse d?utilité publique ou de coutume renouvelée. Ceci est considéré comme un acte d?abrogation touchant la chari?â , et il est évident qu?il ne saurait y avoir d?abrogation de texte après la mort du Prophète (psl).
3- La Souplesse:
Le rite malékite se caractérise par la souplesse avec laquelle il traite bon nombre de questions épineuses et de cas complexes. Ainsi, s'applique-til à résoudre les cas d?espèce qui se présentent en tenant compte de l?avis différent, conformément aux principes de base de sa doctrine. Ceci se dégage à travers les points suivants :
- Authentification de certains actes invalides préalablement établis tout en tenant compte de l?avis différent à condition que soit établi son bien-fondé.
- Classement par ordre d?importance des effets des actes authentifiés valables sur l?acte invalide. A titre d?exemple, la jurisprudence malékite permet d?authentifier certains actes de mariage invalide controversés après consommation de celui-ci et partant reconnaître la paternité de l?époux au profit de sa progéniture en faisant réciproquement bénéficier les deux conjoints du droit de succession, tout en reconnaissant le divorce découlant de ce mariage.
- Cette souplesse est également prévue quand il s?agit d?actes de ventes invalides où le transfert de caution à l?acheteur s'est réalisé par le biais du recouvrement. Dans le cas où la vente aurait été déjà contractée, il est procédé à la signature d?un bon équivalent au montant de la transaction. Contrairement au rite malékite, le rite chafi?ite considère que la vente jugée invalide devrait faire l?objet d?une résiliation. Il en va de même pour les actes de mariages invalides même dans le cas où l?épouse aurait engendré des enfants à l?issue de ce mariage. Dans certains cas le rite chafi?ite va jusqu?à l?application des peines prescrites à l?encontre des deux époux.
4. Tolérance et simplification:
Ces vertus de tolérance et de simplification, le rite malikite les a judicieusement puisées dans le Saint Coran et la Sunna, en plus des déductions qu?il en a tirées pour ériger ses règles doctrinaires et ses principes jurisprudentiels. Cette approche lui a permis de privilégier les solutions les plus faciles et les règles les plus indulgentes. Ainsi, il s?est basé notamment à la fois sur la parole de Dieu dans le Saint Coran et sur les hadith du Prophète(psl) : «Dieu n?exige de vous que l?aisé, il n?exige pas de vous le malaisé» (II : 185), «Dieu n?impose à une âme que selon sa capacité.» (II : 286) et « Il ne vous impose nulle gêne en religion. » (XXII : 78 . Dans le même contexte, plus d?un hadith insistent sur les mêmes recommandations : (1) «Facilitez et gardez-vous de compliquer les choses» ; (2) «Gardez-vous de tout excès dans la religion». Le malékisme a, en outre, établi ses règles sur un certain nombre de principes généraux tel que : toute difficulté doit disparaître ; la peine génère la simplification ; tout préjudice doit être repoussé ; les nécessités autorisent les interdits ; toute chose est, par essence pure et permise.
Ce sont là autant de principes cardinaux du rite malékite qui n?ont pas manqué de marquer positivement les différents domaines du fiqh: pratiques cultuelles, transactions, litiges, organisation de la famille et bien d?autres questions à l?égard desquelles la jurisprudence malékite se distingue par davantage de simplicité, de tolérance, de pragmatisme et de commodité vis-à-vis des besoins des communautés dans leurs diverses activités tant religieuses que mondaines. C?est cette longanimité recherchée comme vertu qui fit dire à Ghazali (que Dieu ait son âme), après avoir examiné les principes des différents rites concernant l?usage de l?eau : «J?aurais tant souhaité que le rite chafi?ite ait eu la même approche de la question de l?eau que le rite malékite».
5. Juste milieu et modération:
Le juste milieu et la modération qui caractérisent ses règles, ses positions, ses fondements et ses traitements des disciplines secondaires du fiqh constituent aussi d?autres traits distinctifs du rite malékite. Les principes qu?il consacre dans ce domaine sont multiples : il rejette l?excès, la négligence, l?outrance, la démesure, l?excentricité, l?extravagance, l?anomalie, l?immobilisme, la complexité, l?insubordination, et l?excommunication. En revanche, il prône le raisonnement par analogie, privilégie la simplification et la facilitation, abhorre l?absurde, rejette tout jugement saugrenu, recherche les positions consacrées et repousse l?innovation inconséquente. Sur un autre plan, il condamne le recours aux moyens détournés en vue de contourner les obligations ou pour rendre admissible ce qui est répréhensible ; il en récuse les résultats, en interdit formellement la jouissance et condamne les auteurs de tels forfaits.
En règle générale, il condamne le fraudeur pour son acte. Des exemples édifiants portent sur des actes tels l?insistance et le boniment en cas de vente, de testaments, le fait de se dérober à la zakat ainsi que la répudiation pendant la maladie.
6. Dimension accordée au principe de finalité:
De toutes les doctrines du fiqh (théologie appliquée), le rite malékite est celui qui a le plus profondément appréhendé l?esprit de la chari?â islamique, en a le mieux saisi les finalités, le mieux prévu les évolutions.
De plus, il est considéré comme étant le rite qui assure l?observance la plus rigoureuse des arrêts et des finalités aussi bien manifestes que cachés des textes de la chari?a quand il est affaire d?en élaborer ses règles et ses principes, notamment en ce qui concerne les cinq besoins fondamentaux, à savoir la religion, la personne, les biens, l?honneur et l?esprit. On lui reconnaît d?avoir surpassé bon nombre d?autres rites pour avoir accordé le plus grand intérêt à ces besoins et pour les avoir sauvegardé à l?abri de toute atteinte.
A titre d?illustration, nous nous contentons d?un seul exemple en étroite liaison avec le droit à la vie, qui témoignera de la sagesse dont fait montre la jurisprudence malékite, de sa vision profonde des choses, de l?habileté avec laquelle il appréhende aussi bien la lettre que l?esprit de la chari?â et sa capacité d?en tirer le meilleur parti pour en faire une meilleure traduction à travers ses règles, sa législation, ses jugements. Concernant le droit à la vie, la jurisprudence islamique, toutes écoles juridiques confondues, vise à préserver la vie de la personnes, à sanctionner sévèrement ceux reconnus coupables d?effusion injuste du sang des innocents et par conséquent mettre fin à ce genre d?actes, en application de l?injonction de Dieu: «C?est dans le talion que vous aurez la préservation de la vie, ô doués d?intelligence, peut-être serez-vous pieux.» (II : 179)
On peut bien se demander si les différents rites ont pu concrétiser cette sagesse et atteindre pleinement le but qu?ils se sont assignés. Ont-ils réussi à déduire et établir les règles qui la soutiennent afin de parvenir à préserver la vie des personnes et éradiquer ou, du moins, atténuer le crime ?
Pour le rite malékite, on peut répondre par l?affirmative. Concernant toutes ces questions, le malékisme a pu, en fait, réaliser cette sagesse et réussir ainsi à mettre en ?uvre les règles et les principes lui permettant d?aboutir à son objectif. Il a réussi aussi à limiter la propagation du crime de sang dans les sociétés qui l?ont adopté, que ce soit en son temps ou ultérieurement, dans leurs juridictions et l?ont décrété dans leurs législations. Mais dès que ces sociétés y ont renoncé, la situation a changé.
Les points suivants corroborent ce qui précède :
- Premièrement, le rite malékite a imposé l?application de la loi du talion en cas d?homicide volontaire avec préméditation, indépendamment de l?arme utilisée et la manière dont l?acte a été perpétré. Il est allé jusqu?à considérer de même degré l?homicide commis directement et celui commis indirectement. Dans cette situation, le malékisme regroupe les cas suivants: astreindre quelqu?un à commettre un meurtre, commanditer un meurtre, indiquer le refuge de la personne visée ou l?arrêter et la livrer à son bourreau.
Le rite malékite range également dans la même catégorie l?acte de priver de nourriture, d?eau ou d?habillement celui qui en a besoin, le faux témoignage entraînant le meurtre ou son exécution par celui qui connaît le caractère injuste de la sentence, le fait de semer la terreur provoquant la mort ou encore mettre fin à la vie d?une personne sur la base d?un consentement conclu (l?euthanasie).
Le rite malékite prescrit de tuer le groupe, un par un, si ses membres ont participé à un homicide ou s?ils s?avèrent tous complices. Dans le cas d?un homicide confirmé, le malékisme a minimisé la portée des circonstances atténuantes susceptibles d?éviter la peine prescrite, tout comme il s?est contenté de la qasâma pour admettre la confirmation d?un homicide ou du prix du sang ; il a aussi rejeté la grâce provenant d?un tuteur ou même de l?imam si la victime ne dispose pas de tuteur. Grâce à cette panoplie de lois, le malékisme a rendu l?homicide presque impossible, barré le chemin à tous ceux avides d?attenter à la vie d?autrui, levé l?immunité pour tous et assuré une vie paisible à tous, conformément au commandement de Dieu: «C?est dans le talion que vous aurez la préservation de la vie, ô doués d?intelligence, peut-être serez vous pieux» (II-179).
- Deuxièmement, on relève dans les annales du malékisme qu?à travers les siècles, le nombre d?atteintes à la vie des personnes n?est signalé que rarement. Ceci constitue un témoignage effectif de l?efficacité des règles malékites dans le domaine de la prévention de l?homicide, ce qui a assuré aux sociétés qui les ont adoptée une vie en pleine sécurité et une cohabitation paisible.
D?autres rites, en revanche, ont réduit à sa simple expression la notion de complicité liée au crime passible de l?application de la loi du talion, élargi la liste des présomptions, rejeté le raisonnement par analogie dans le cas des peines prescrites et confirmé les présomptions en cas de non préméditation.
De la sorte, la porte s?est largement ouverte à l?atteinte à la vie d?autrui permettant ainsi à tout criminel de parvenir à son dessein, de contourner la loi et d?échapper à toute poursuite.
7. Dimension du savoir et de la connaissance:
Cette dimension du rite malékite est le corollaire de sa profonde connaissance des textes de la chari?a islamique, tel que confirmé par le hadith évoqué plus haut : «? ils ne trouveront pas plus savant que le ?alem Médine» et dans une autre version «Ils ne trouveront pas plus instruit en matière de théologie que le ?alem de Médine». D?où la consécration du fondateur du malékisme, Mâlik b. Anas, en tant que meilleur savant.
Rappelons que le fiqh est cette aptitude à saisir les subtilités des choses en faisant preuve d?une compréhension qui dépasse la simple connaissance. Dieu a dit : «Et c?est lui qui disposa pour vous les étoiles pour que vous vous guidiez dans les ténèbres du continent et de la mer. Nous exposons les signes pour des gens qui savent. Et c?est Lui qui vous a créés à partir d?une âme unique : il vous faut un gîte et un réceptacle. Nous exposons les signes pour des gens qui comprennent» (VI : 97-98). Aussi, dans ces deux versets, quand il a été question d?étoiles, de la terre et de la mer -choses tangibles- Dieu a utilisé le verbe «savoir» mais quand il est fait référence à la formation à partir de l?âme unique, du gîte et du réceptacle -choses cachés, intangibles-, Dieu a utilisé le verbe « comprendre ». Le célèbre hadith va dans le même sens : «Lorsque Dieu choisit de couvrir quelqu?un de Ses grâces, Il lui fait don de l?aptitude à bien comprendre les choses de la religion». Comprendre se distingue donc du simple fait de savoir. Grâce à cette dimension du savoir et de la connaissance qui le caractérise, le fiqh malékite se trouve la doctrine la plus proche du Saint Coran et de la Sounna. Il est le plus en harmonie avec des hadith authentiques, selon Ibn Taymiya; le plus judicieux et le plus habile en matière de raisonnement analogique, selon l?imam Châfi?i; le plus sûr en matière de jurisprudence selon l?imam Ahmed; il est celui qui contient le moins d?erreurs, selon Ibn Khowayz Mindad.
Il est également considéré le meilleur aussi bien sur le plan de l?interprétation que celui de la compilation des différents textes et des preuves contradictoires.
Le hadith précité corrobore ces qualités car, il est évident que le fiqh du plus savant ne pourrait qu?être de cette valeur. Tous ceux qui s?intéressent au fiqh islamique en général et malékite en particulier ne peuvent que confirmer ces témoignages.
8. Dimension pragmatique et sociale:
Cette autre dimension du malikisme se manifeste à travers sa prise en compte de l?utilité publique et des bonnes m?urs qu?il s?est choisi comme plate-forme pour l?établissement de ses règles et comme source de législation où il puise les principes fondamentaux de sa doctrine.
Ainsi et à chaque fois qu?il s?agit d?un avantage ou d?une utilité enrichissants tant sur le plan religieux que social, ou encore une tradition collective pratiquée par un groupe au niveau des actes ou de la parole mais qui ne présentent aucune contradiction avec aucune disposition de la chari?â, le fiqh malékite n?hésite pas à les accueillir et les intégrer dans son système juridictionnel, sans attendre une légitimation par la preuve. Le rite malékite applique la règle générale selon laquelle le but sublime de la chari?â est de consacrer l?utilité et prévoir toute sorte de corruption, et que la manifestation d?une utilité est, en principe, une grâce de Dieu tant qu?il n?existe aucune disposition de la chari?â qui stipule le contraire.
Néanmoins, ne sont considérés que les utilités publiques qui réalisent des intérêts à caractère légitimes et non ceux qui réalisent des intérêts à caractères passionnels chez les humains car les intérêts de ceux-ci sont contradictoires. Dieu dit à ce propos : «Et si la Vérité correspondait à leurs passions, les cieux et la terre ainsi que ce qu?ils contiennent seraient corrompus»(XXIII : 71).
9. Logique et Rationalisme:
La logique et le rationalisme accompagnent les règles et les principes du rite malékite tant que ces notions n?entachent d?aucune manière l?esprit sain ni les lois universelles. Le rite malékite rejette catégoriquement tout ce qui va à l?encontre de ces principes fondamentaux comme dans des cas de filiation, de témoignage, d?affaires contentieuses et procédurières.
10. Le Réalisme:
Le réalisme qui caractérise toutes les composantes du rite malékite se manifeste à travers la distinction qu?il a l?habitude de faire entre question effectives, réelles et questions virtuelles, potentielles.
Mâlik avait l?habitude de répondre à son interlocuteur qui cherchait à savoir son avis à la fois sur ce qui est et sur ce qui pourrait être en ces termes : «pose tes questions sur ce qui est et ne t?intéresse pas à ce qui pourrait être». Des fois, il ne daignait même pas répondre et lorsqu?on insistait, il rétorquait en disant: «je vous aurais répondu si vos questions avaient porté sur ce qui pourrait vous être utile.»
Abd-al-Batin
26/02/2006, 00h16
Quelques oeuvres de référence.
Le Muwatta’ de l’Imam Malek
Le Muwatta’ n’est pas un recueil de hadiths dédiée à la narration. Il vise plutôt à prouver la véracité d'une prescription ou d'une loi juridique par un hadith. Malek a précisé la méthode qu’il a suivie en écrivant son ouvrage: «il contient les hadiths du Prophète (psl), les dires de la première et de la deuxième génération de ses Compagnons et mon avis que j’ai donné en me basant sur l’ijtihad et sur la pratique des oulémas de Médine». Malek s’est basé sur les hadiths remontants (marfu’) et enchaîné (mursal), sur les Questions d’Omar, les avis d’Ibn Omar, les dires des sept fouqahas et des fouqahas de Médine, puis les hadiths de Zaid Ibn Aslam.
Pour traiter une question juridique quelconque, Malek cherche l’argument dans les versets du Coran, puis dans les hadiths authentiques, s’il ne trouve pas il cherche dans la pratique des médinois, sinon il opte pour les dires les plus adéquats de la première et deuxième génération des Compagnons du Prophète et il émet son avis basé sur l’ijtihad. Il a réparti le Muwatta’ en chapitres selon les nécessités cultuelles, transactionnelles et morales des gens.
La grande Mudawana (al Mudawana al Kubra) de Sahnoun
La Mudawana fut à l’origine un recueil des avis de l’Imam Malek sur certaines questions.Avis qui furent entendus par Ibn Al Kassim, un de ses élèves qui les transmit à son tour à ses étudiants. Le premier à transcrire ces avis fut Asad Ibn al-Furat (décédé en <METRICCONVERTER productid="213 A" w:st="on">213 A</METRICCONVERTER>.H). Sahnoun, un de ses élèves, recueillit ses avis une deuxième fois et se rendit chez Ibn al- Kassim en Egypte pour les corriger. Il les a ensuite structurés et répertoriés et les a enrichis de hadiths.
La Mudawwana était donc le fruit de l’effort de trois imams: Malek à travers ses réponses, Ibn Al Kassim par ses analogies et ses ajouts et Sahnoun par ses corrections, ses retouches, ses propres ajouts et son classement des avis en chapitres.
Bien qu’elle fut brûlée au temps des almohades,
La Mudawwana est hautement considérée, aujourd’hui comme il y a longtemps, par les oulémas du malékisme qui l’ont appris par cœur, l’ont étudiée et l’ont abrégée. Certains disent même que «toutes les lois et les prescriptions que Dieu a fait descendre serait contenus dans
la Mudawwana». Elle constitue, de nos jours un des principaux ouvrages du malékisme programmés dans des medersas et des instituts religieux.
L’auteur de la grande Mudawwana est Abdessalam Ben Saïd Ben Habib Al Tanoukhi (160-<METRICCONVERTER productid="240 A" w:st="on">240 A</METRICCONVERTER>.H), connu sous le nom de Sahnoun, un terme arabe qui désigne un oiseau d’une grande acuité visuelle. Il a rejoint les chaires de plusieurs oulémas érudits en Tunisie, en Egypte, au Hijaz et en Syrie. Il est revenu à Kairouan en <METRICCONVERTER productid="191 A" w:st="on">191 A</METRICCONVERTER>.H où il a exercé la judicature jusqu’à sa mort. Il enseigna aussi le fiqh. Un grand nombre d’étudiants ont rejoint sa chaire, venus de Tunisie ,du Maroc et d'Andalousie
L'épitre (al Rissala) de Abi Zayd al Qayrawani
D’après Ibn Abî Zayd al Qayrawânî, son auteur, l’ouvrage a été composé suite à une demande qui lui a été faite. Dans l’introduction, il mentionne cette demande et précise les grandes lignes de l’ouvrage:
«-, tu m’as demandé d’écrire à ton intention un compendium renfermant les obligations de la religion, à savoir ce que les langues doivent prononcer, ce que les cœurs doivent croire et ce que les membres (jawârih’) doivent faire. En ce qui concerne ces derniers actes, tu entendais que je rattache à ceux d’entre eux qui ont le caractère d’obligation légale (wâjib), ceux qui ont le caractère de sunna vivement recommendée (mu’akkada), surérogatoire (nawâfil), ou simplement souhaitable (raghâ’ib). Tu as en outre manifesté le désir que je traite de quelques usages relatifs à tous ces actes et des grands principes du droit avec les conséquences qui en découlent, et ce, d’après le rite de l’Imâm Malek Ibn Anass, que Dieu lui fasse miséricorde, et selon sa méthode. Tu m’as demandé aussi d’y joindre, pour aplanir les difficultés que comportent ces matières, les commentaires des exégètes confirmés et les explications des docteurs dudit rite, car ton désir est de les d’enseigner aux enfants dont tu souhaite les esprits s’ouvrir de bonne heure à cette grâce de bien connaître les préceptes de la religion de Dieu».
Malgré son petit format, La Rissala d’Ibn Abî Zayd al Qayrawânî contient quatre mille prescriptions juridiques (masâala) et quatre cent hadiths. Elle a été rédigé dans un style simple et de manière concise. Elle est programmée dans les établissements de l’enseignement traditionnel et elle est hautement considérée par les oulémas. Une centaine d’ouvrages ont été dédiés à son commentaire et à l’explication de ses termes.
Vie de l'auteur:
Abou Mohammed Abdellah Ibn Abî Zayd al Qayrawânî est né en 310 /922-23 à Nefza, une ville de l’Espagne. Il passa la majeure partie de sa vie à Kairouan, d’où le surnom d’al Qayrawânî dont on le désigne habituellement. Il est l’une des grandes références de l’école malékite d’Occident. Il a été surnommé «le petit Malek», dit-on, du fait qu’il tenait la doctrine du fondateur du rite malékite, Malek Ibn Anass, par voie de tradition orale, raopportée selon trois transmetteurs seulement, ce qui conférait à son enseignement une valeur d’authenticité remarquable.
Il a composé une trentaine d’ouvrages, qualifiés par Cadi ‘Iyyad de bénéfiques, bien écrits et d’une grande richesse au niveau du contenu. Il est décédé en 368 de l’hégire.
El Moumina
27/02/2006, 10h40
Assalam alaykoum,
Mon frere Abd El Batin, jazaka Allah ana kheira el jazae.
J'aime beaucoup el fiqh et d'ailleurs c'est la rubrique que je visite la premiere dans ce forum.
Quand j'ai lu ton message, Machae Allah je l'ai trouve un tres bon cours, qu'il faut bien le retenir et mediter sa portee.
:cool:
DigitaLRaY
27/02/2006, 13h31
Salam Alaykoum.
Barakallahoufik akhi Abd al-Batin, amine. Ces textes très enrichissant nous rappellent à quel point les sciences islamiques, en particulier celles qui se rapportent aux 4 écoles, ne sont pas une simple affaire, mais bien une science profonde, pertinante. Tout ceci ne peut que nous remettre à notre place, tout en nous motivant d'aller plus loin et d'approfondir nos connaissances.
Que Dieu te garde, cher frère, amine.
Salam alaykoum.
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