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Voir la version complète : la 'aqida des soufis (Kalabadhi)


Abd-al-Batin
08/01/2006, 15h08
salam aleykoum


voici 2 extraits de Kitab al ta'arruf li madhdhab ahl al tasawwuf de Abu Bakr al Kalabadhi (mort en 385 H) un des plus anciens traités écrits sur le sujet des soufis dans lesquels le chaykh a décortiqué leur doctrine, à la foi sur la 'aqida, sur la chari'a, et sur la science qui leur est propre: le tasawwuf.

ces deux extraits traitent spécifiquement de la 'aqida, et nous pouvons voir que leur doctrine telle que rapportée par Kalabadhi est en conformité avec la 'aqida de ahl ul sunnah.




Exposé de leur doctrine sur l'Unité divine (tawhîd )



Les soufis sont unanimes à proclamer que Dieu est Unique et Un, Seul et Impénétrable, Éternel et Savant, Puissant et Vivant, Audient et Voyant, Omnipotent et Infini, Majestueux et Grand, Généreux et Bon, Qui domine et impose Sa Volonté,Permanent et Premier, Divinité et Maître, Possesseur et Seigneur, Tout-Miséricordieux et Très-Miséricordieux, Voulant et Sage, Parlant, Créateur et accordant la subsistance.

Il est qualifié par tous les Attributs par lesquels Il S'est Lui-même décrit, et nommé par tous les Noms qu'Il S'est donné, et Il n'a cessé d'être éternellement avec Ses Noms et Ses Attributs. Il ne ressemble à Ses créatures sous aucun mode : Son Essence ne ressemble pas à leurs essences, et Ses Attributs ne ressemblent pas à leurs attributs. Aucun des signes distinctifs des êtres créés ne s'applique à Lui, car ils indiquent leur contingence. Il n'a cessé de préexister et de précéder les êtres ayant un commencement temporel. Il n'a cessé d'exister avant toute chose. Nul éternel autre que Lui, et nulle divinité si ce n'est Lui.

Il n'est pas un corps, ni le réceptacle d'un esprit, ni une forme, ni un individu, ni une substance, ni l'accident d'une substance. Il n'y a en Lui ni jonction, ni séparation. Il n'est ni mobile, ni immobile. Il ne diminue, ni ne croît. Il n'a ni parties, ni éléments, ni membres, ni organes, ni directions spatiales, ni situations. Aucune gêne ne L'atteint, aucune inconscience ne s'empare de Lui. Il n'est pas soumis à la succession du temps. Aucune désignation ne Le détermine. Aucun lieu ne Le contient, aucune durée ne s'applique à Lui. Il ne saurait être ni en contact avec quoi que ce soit, ni isolé de quoi que ce soit, ni localisé en quelque endroit. Les pensées ne Le cernent point, les voiles ne Le cachent point, et pourtant [B]« les regards ne L'atteignent point » .

Un soufi parmi les plus grands a dit à ce sujet :

« Il n'y a pas d'avant qui Le précède, ni d'au-delà qui Le dépasse, ni de à partir de qui Le devance, ni de loin de qui concoure avec Lui, ni de vers qui se joigne à Lui, ni de dans qui Le localise, ni de quand qui Le fixe, ni de si qui délibère avec Lui, ni de au-dessus qui Le couvre, ni de au-dessous qui Le porte, ni de en face qui s'oppose à Lui, ni d'auprès qui Le resserre, ni de en arrière qui Le tire, ni de devant qui L'arrête, ni d'auparavant qui Le fasse apparaître, ni d'après qui Le fasse disparaître, ni de tout qui Le rassemble, ni de il y a qui Le fasse exister, ni de il n'y a pas qui fasse qu'Il n'existe point, ni de voile qui Le cache. Sa perpétuité a devancé la contingence, Son existence a devancé le néant, et Sa prééternité a devancé la fin. Si tu dis quand ?, Son être a précédé l'instant. Si tu dis avant ?, l'avant est après Lui. Si tu dis Lui (Huwa), le H et le W (de Huwa) sont Sa création. Si tu dis comment ?, Son essence se dérobe à la description par la manière d'être. Si tu dis où ?, Son existence a devancé le lieu. Si tu dis qu'est-Il ?, Son ipséité est distincte des choses. Il n'y a que chez Lui que deux attributs peuvent être réunis simultanément sans qu'Il se trouve mis par eux en contradiction. Il est caché dans Sa manifestation et manifeste dans Son occultation, car il est « le Manifeste et le Caché », le Proche et l'Éloigné , et Ses créatures sont ainsi empêchées de Lui trouver un semblable. Il agit sans contact direct, Il se fait comprendre sans qu'on Le rencontre, et Il guide sans faire signe. Il n'est ni en proie aux désirs, ni agité par les pensées. On ne saurait attribuer de modalités à Son Essence, ni de contraintes à Son Action. »


Il y a unanimité chez les soufis sur le fait que les yeux ne L'atteignent pas, que les opinions ne sauraient Le capter, que Ses Attributs ne se modifient pas et que Ses Noms ne changent pas, et qu'Il n'a jamais cessé et ne cessera jamais d'être tel : « Il est le Premier et le Dernier, le Manifeste et le Caché, et de toute chose Savant », et « Rien n'est à Sa ressemblance, alors qu'Il est l'Audient et le Voyant » .




Exposé de leur doctrine sur les Attributs divins (sifât )



Les soufis sont unanimes à proclamer que Dieu possède des Attributs réels et par lesquels Il est qualifié, tels que : Science, Puissance, Force, Gloire, Mansuétude, Sagesse, Grandeur, Pouvoir irrésistible, Éternité, Vie, Volonté normative (irâda ) et Volonté créatrice (machî'a ). Ces Attributs ne sont ni des corps, ni des accidents, ni des substances, pas plus que Son Essence n'est un corps, ni un accident, ni une substance. Ils s'accordent également sur le fait que Dieu possède réellement ouïe et vue, face et main, mais qui ne sont pas comme l'ouïe, la vue, les faces et les mains (des créatures).

Ce sont pour Dieu des Attributs et non des membres, des organes, ou des éléments. Ils reconnaissent unanimement que ces Attributs ne sont ni Lui, ni rien d'autre que Lui. Affirmer leur existence ne signifie pas qu'Il a besoin d'eux, et que c'est par eux qu'Il produit les choses; mais leur signification est à la fois la négation de leurs contraires et l'affirmation qu'ils existent en tant que tels et qu'ils subsistent en Lui. Mentionner la Science divine ne signifie pas seulement la négation en Lui de l'ignorance, et la Puissance divine la négation de l'impuissance, mais c'est bel et bien affirmer cette Science et cette Puissance. Si la négation de l'ignorance suffisait pour être qualifié de savant, et celle de l'impuissance pour être qualifié de puissant, n'importe quelle chose inanimée dont on nierait l'ignorance et l'impuissance serait alors savante et puissante ! Il en irait de même pour tous les attributs.

L'attribution que nous Lui faisons nous-mêmes de telles qualités n'est pas forcément un Attribut pour Lui, mais notre attribution est celle d'une qualité qui existe en nous et qui est la transposition d'un Attribut subsistant en Lui. Quiconque fait de sa propre attribution un Attribut de Dieu, sans que cet Attribut ait été réellement affirmé de Dieu, est véritablement un menteur, mentionnant pour Dieu quelque chose qui ne saurait réellement Le qualifier.

Dieu peut bien être mentionné par quelqu'un d'autre, car l'acte de mentionner est un attribut de celui qui mentionne et non de celui qui est mentionné, tandis que celui qui est qualifié ne l'est pas forcément par l'attribution de celui qui lui accorde des qualités. Ainsi donc, si l'attribution de celui qui Le qualifie suffisait pour être un Attribut de Dieu, les attributions que Lui donnent les polythéistes et les infidèles seraient pour Lui des Attributs réels, tels qu'avoir une épouse, un fils et des égaux !

Dieu a affirmé Lui-même Sa transcendance par rapport à leurs attributions par Sa parole : « Gloire à Lui et qu'Il soit exalté au-dessus de ce qu'ils Lui attribuent ! » Il est en effet qualifiable par un Attribut qui subsiste en Lui et qui n'est pas distinct de Lui, comme lorsqu'Il dit : « Ils n'embrassent rien de Sa Science », « Il l'a fait,descendre par Sa Science », « Nulle femelle ne porte ou ne met bas si ce n'est par Sa Science », ou lorsqu'Il dit : « Celui qui détient la Force, le Ferme », « Celui qui détient la Faveur Immense », « A Dieu appartient l'Omnipotence, en totalité », « Celui qui détient la Majesté et la Munificence.

Ils reconnaissent unanimement encore que les Attributs ne sont ni différents ni identiques entre eux : Sa Science n'est pas Sa Puissance, ni pourtant rien d'autre que Sa Puissance; et il en est de même pour tous Ses Attributs, tels que l'Ouïe, la Vue, la Face, la Main : Son Ouïe n'est pas Sa Vue, et pourtant rien d'autre que Sa Vue, de même que Ses Attributs ne sont ni Lui, ni autres que Lui.

Mais ils divergent à propos des « allées » et « venues » et des « descentes » divines. La majorité pense que ce sont des Attributs de Dieu, selon le mode qui Lui convient, et dont on ne peut rien dire de plus que ce qu'on lit dans le Coran et ce que transmet la Tradition. Il faut y croire, et on ne doit pas en discuter. Selon Muhammad Ibn Mûsâ Wâsitî, Son Essence est inexplicable et il en va de même pour Ses Attributs, et ce qui montre bien le caractère impénétrable de Dieu, c'est que l'on désespère d'élucider la nature véritable des Attributs et les réalités profondes de l'Essence.

En revanche, on a donné l'interprétation allégorique suivante : « aller » à une chose signifierait pour Dieu lui faire parvenir ce qu'Il veut, « descendre » vers elle serait pour Lui s'occuper d'elle, en « être proche » ce serait l'honorer, en « être éloigné » serait la disgracier. Ce même procédé d'interprétation était appliqué pour tous les Attributs à caractère anthropomorphique (mutachâbiha ).

malik ibn anas
09/01/2006, 13h51
[bism]

baraka Allahu fik sidi, cet ouvrage est l'un des meilleurs ouvrages de tasawuf.

mehdy
13/01/2006, 18h10
Salam alaikoum, etes-vous soufis tous les deux?

Abd-al-Batin
13/01/2006, 18h15
salam aleykoum

bienvenu sur aslama

personnellement je n'irai pas jusque là.

-pourquoi?
-et toi?